L’attaque cinglante d’un « déficit d’indépendance » européen
Dans un discours à la tribune de l’Organisation des Nations unies, ce 23 septembre 2025, le président américain Donald Trump a littéralement déshabillé la politique énergétique de l’Union européenne, et particulièrement celle de la France, sous les ors du dôme new-yorkais. Son ton, amer et vindicatif, n’a rien épargné : « Comment peut-on prétendre défendre l’Ukraine et soutenir cette guerre, pendant qu’on continue de remplir les caisses de Poutine avec le gaz et le pétrole russes ? C’est une honte. » Sa formule, sèche, a résonné comme un coup de tonnerre dans l’édifice du multilatéralisme. Trump a mis en lumière une contradiction qui dure depuis des années : l’Europe se veut le grand défenseur de l’Ukraine, mais elle demeure tributaire voire prisonnière des hydrocarbures russes, malgré les sanctions proclamées à grand renfort de communiqués et de déclarations.
Le miroir tendu par Trump : une vulnérabilité chronique
Trois ans et demi après le début de la guerre, l’Europe n’est toujours pas parvenue à s’affranchir du gaz et du pétrole russe, même après les gigantesques scandales sur les importations détournées, les schémas de contournement, les sociétés écrans et le mixage d’hydrocarbures pour brouiller les pistes. La Russie reste un fournisseur majeur, non officiel mais réel, pour plusieurs pays du Vieux Continent. Trump l’a martelé en filigrane : « Vous n’êtes plus une puissance si vous ne pouvez même pas vous passer de l’énergie de votre ennemi. » Ce constat, brutal, est une gifle adressée à Berlin, à Paris et à Bruxelles, qui multiplient les annonces de sanctions depuis 2022, tout en regardant, impuissants ou complices, les tankers russes continuer de débarquer leur cargaison sur le sol européen, via les multiples circuits du marché mondial.
Quand la souveraineté énergétique devient un leurre
La rhétorique française, pourtant très offensive sur la scène internationale, paraît soudain creuse face à cette réalité : la France, comme ailleurs en Europe, importe encore du pétrole russe, souvent par le biais d’intermédiaires situés dans des pays tiers, ce qui a permis à Moscou de contourner en partie l’embargo. À l’ONU, Trump a rappelé ce paradoxe majeur : « Les pays qui proclament haut et fort leur soutien à Kiev continuent d’acheter, parfois en secret, parfois au vu et au su de tous, l’énergie qui finance la machine de guerre russe. » Zelensky, le Président ukrainien, invité dans les capitales européennes comme un héros, mais trahi, techniquement, par la politique énergétique de ses alliés doit maintenant réfléchir à la réalité brutale et regarder qui l’aime vraiment, et qui soutient Poutine tout en faisant semblant d’être à ses côtés. Ce message, aussi dur soit-il, reflète une vérité parfois tue à Bercy, à l’Élysée ou à la Commission européenne : l’indépendance, notamment à l’heure des crises, reste fragile.
Un discours qui plonge l’Occident dans l’embarras
Trump a fait plus que pointer du doigt la dépendance de l’Europe : il a dénoncé un « double jeu permanent », où les injonctions morales à la guerre sont vite contrariées par les réalités économiques, industrielles et sociales. « L’Europe est schizophrène », pourrait-on résumer. Les sanctions ont beau s’empiler, la réalité, elle, demeure : sans gaz et sans pétrole, les usines tournent au ralenti, les prix flambent, la colère sociale gronde. Les capitaux, eux, continuent de transiter… en faveur de Moscou.
Ce discours à la tribune de l’ONU, vif et sans concession, met brutalement en lumière ce que beaucoup préfèrent cacher : la vulnérabilité énergétique de l’Europe, la fragilité de sa souveraineté, l’absence de vision stratégique sur le long terme. L’Occident se veut champion du « Never Again », mais il reste accroché aux flux d’énergie du Kremlin, malgré les bombes qui pleuvent sur Kharkiv ou Odessa.
Vers une prise de conscience ?
Trump, aujourd’hui, aura eu ce mérite : il aura mis les pieds dans le plat. L’Europe et la France savent-elles encore ce qu’elles veulent ? Veulent-elles réellement rompre avec la Russie ? Ou préfèrent-elles, derrière la com’, la langue de bois et les effets d’annonce, préserver leur confort énergétique, quelle qu’en soit la facture morale ? Cette interpellation, volontairement provocatrice, questionne au-delà de la seule politique énergétique : elle interroge la crédibilité de tout un continent, et la cohérence de ses dirigeants. Pour Trump, la réponse est sans appel : l’Europe, et surtout la France, ont failli. Et cette faillite, tous les jours, sape un peu plus le crédit de l’Occident et discrédite ses efforts pour défendre l’Ukraine.
Nourdeen D. ALOHOU
Lomé, TOGO
