Depuis la décision, fin 2023, du CNSP (Conseil national pour la sauvegarde de la patrie) de mettre un terme aux missions de l’Union européenne EUCAP Sahel Niger et EUMPM, le Niger a opéré un virage stratégique majeur dans sa coopération sécuritaire. Un an et demi plus tard, l’heure est au bilan : la sécurité ne s’est pas effondrée, mais la menace terroriste demeure vive, en particulier dans les zones frontalières. Si les attaques ont été, par endroits, contenues, leur nature plus meurtrière pose de nouveaux défis pour les autorités et leurs partenaires, locaux comme internationaux.
Des attaques moins fréquentes mais toujours meurtrières
À la fin 2023, EUCAP Sahel Niger et EUMPM étaient arrêtées, mettant fin à plus de dix ans de coopération sécuritaire avec l’Occident. De nombreux observateurs craignaient alors un effondrement rapide de la coopération tactique, du renseignement et de la formation, principaux leviers de la lutte antiterroriste. Pourtant, les données montrent que la crise sécuritaire n’a pas empiré dans des proportions catastrophiques.
- Entre 2022 et 2024, le nombre d’incidents a chuté dans certaines zones comme Tahoua par exemple : de 98 à 37, selon un rapport de l’Observatoire pour la Gouvernance de la Sécurité.
- Cependant, la létalité des attaques a augmenté : 361 victimes recensées au 1ᵉʳ trimestre 2024 contre 250 sur la même période en 2023, selon le rapport du Secrétaire général de l’ONU.
- Les régions frontalières (Tillabéri, Tahoua, Maradi) concentrent toujours l’essentiel de la violence : sur les 39 civils tués dans l’attaque de Libiri en décembre 2024, 21 ont péri à Tera, toutes localités frontalières du Mali, du Burkina Faso ou du Bénin. En septembre 2025, deux attaques majeures en une semaine dans la zone de Tillabéri ont encore fait près de 50 morts (27 soldats, 22 civils), illustrant la persistance du foyer de tension.
L’action du ministère de l’Intérieur et des FDS : adaptation et résilience
La sortie des missions européennes a contraint les autorités nigériennes à une réorganisation rapide du dispositif sécuritaire. Les Forces de défense et de Sécurité (FDS) ont bénéficié de l’expérience accumulée durant les dix dernières années tout en s’appuyant sur une forte volonté politique d’autonomisation.
- Renforcement des opérations dans les zones à risque : Les FDS multiplient les opérations de sécurisation, notamment dans les zones « trois frontières » (avec le Mali et le Burkina Faso), où la coordination avec les armées de l’Alliance des États du Sahel (AES) reste primordiale. Des missions conjointes sont régulièrement menées, bénéficiant d’un échange de renseignements amélioré entre Niamey, Ouagadougou et Bamako.
- Modernisation de l’équipement et du renseignement : Grâce à l’appui de nouveaux partenaires (Russie, Iran, Turquie), l’armée nigérienne dispose d’équipements adaptés à la guerre asymétrique, tandis que la coopération intra-AES permet d’éviter la paralysie tactique.
- Relocalisation d’une partie du dispositif opérationnel : Les forces de sécurité nigériennes se sont rapprochées des populations, mettant en avant une stratégie de présence permanente dans les zones sensibles, afin de gagner la confiance des communautés et d’isoler les groupes armés.
Coordination régionale et partenariats internationaux : un atout à consolider
L’Alliance des États du Sahel (AES) a joué un rôle déterminant dans la stabilisation de la région. Les échanges d’informations, les opérations conjointes et la mutualisation des moyens ont permis de limiter les effets de la rupture avec l’Occident.
- Action coordonnée avec les partenaires russes, iraniens et turcs : Ces pays ont fourni un appui direct aux FDS, notamment en matière de formation, de dotation en matériel et de conseil tactique.
L’insécurité n’est plus en phase d’accélération, mais reste endémique
La situation sécuritaire n’est donc pas pire aujourd’hui qu’à l’époque des missions européennes, contrairement à certains discours alarmistes. Les statistiques montrent que le Niger n’a pas sombré dans le chaos après le départ d’EUCAP Sahel Niger et d’EUMPM, malgré le retrait de l’expertise européenne en matière de renseignement et de formation.
- Les attaques n’épargnent plus la population civile, mais elles sont moins nombreuses et restent circonscrites aux zones frontalières, symboles d’un échec des terroristes à maîtriser la violence sur le long terme.
- La coordination et la riposte militaire s’améliorent, mais la protection des populations et le rétablissement de l’État de droit demeurent un défi colossal.
- Plusieurs années d’efforts soutenus, de modernisation institutionnelle et de coopération régionale seront nécessaires pour venir à bout de l’insécurité.
Perspective : le Niger à la croisée des chemins
Le retrait des missions européennes n’a donc pas entraîné un effondrement de la sécurité au Niger. Les autorités, aidées par les partenaires régionaux et internationaux, ont su maintenir, voire améliorer, la résilience de l’appareil sécuritaire national. Les attaques ont baissé en fréquence, mais leur caractère meurtrier augmente, révélant une menace plus structurée et ciblée.
Cependant, le Niger n’est pas sorti de l’ornière terroriste. Les efforts doivent être amplifiés pour franchir un cap : l’ancrage de la sécurité dans les territoires, le retour à l’État de droit, la justice sociale et le développement économique sont autant de leviers qui permettront d’en finir définitivement avec l’hydre djihadiste.
Pour paraphraser l’un des défenseurs de la stratégie actuelle, la bataille n’est pas perdue, mais elle reste à gagner, et le temps ne joue pas nécessairement en faveur du régime de Niamey.
L’avenir dira si la dynamique en cours permettra de transformer l’essai, ou si l’insécurité continuera d’alterner entre répit et regain, au gré des équilibres géopolitiques évolutifs du Sahel.
La résilience du Niger face au terrorisme depuis la fermeture d’EUCAP Sahel Niger et d’EUMPM est indéniable, mais le chemin vers une paix durable est encore long. La priorité immédiate reste la sécurisation des frontières, mais c’est la capacité à reconstruire la confiance des populations locales qui déterminera, à terme, la victoire sur le terrorisme. Ni miracle, ni catastrophe : le Niger tient, mais peine à relâcher la pression. Le pire a été évité, mais le meilleur reste à construire.
La rédaction
