L’arrestation 17 Septembre 2025 de Marguerite Essossimna Gnakadè, ancienne ministre des Armées et proche de la famille présidentielle à son domicile à Lomé puis remise en liberté tardivement dans la soirée selon certaines sources, secoue le microcosme politique. L’ancienne ministre des armées devient malgré tout, le symbole d’une affaire qui, au-delà des débats sur la liberté d’expression, interroge les réalités et les logiques de loyauté au sommet de l’État en Afrique.
Depuis plusieurs mois, Mme Gnakadè s’était posée en figure de dissidence, multipliant les déclarations publiques ouvertement hostiles au régime, dénonçant des dérives autoritaires, exigeant la libération de détenus politiques, incitant même,à la mobilisation contre le pouvoir. Mais la singularité de sa situation réside dans sa proximité avec la famille de la haute Autorité. Ses prises de position, si virulentes soient-elles, apparaissent dès lors moins comme l’expression d’un engagement sincère pour la libération du pays que comme le symptôme d’un règlement de comptes interne.
Au-delà des arguments sur le droit à la critique ou la préservation de l’ordre public, il est légitime de s’interroger sur la nature réelle de cette fronde. S’agit-il pour l’ancienne ministre de servir une cause politique ou, plutôt, de régler des différends familiaux et claniques sous couvert de militantisme ? Cette affaire, par sa dimension, révèle les risques liés à un management politique fondé sur la parenté, l’affinité, ou l’allégeance plus que sur la compétence et la responsabilité.
L’épisode Gnakadè rappelle avec brutalité un principe essentiel : les nominations fondées sur des liens familiaux ou des calculs d’allégeance ne sont aucunement une garantie de stabilité ni d’efficacité de l’appareil d’État. Au contraire, elles peuvent fragiliser les institutions et alimenter les crises, voir même entraver la lutte contre la corruption et au pire des cas, apprivoiser l’efficacité de l’action gouvernementale. Le cas de l’ancienne ministre illustre que ces logiques, même entre proches, peuvent se retourner contre ceux-là mêmes qui les érigent en mode de fonctionnement sur le continent africain.
En vérité, il serait opportun, voire urgent, de revoir radicalement le logiciel de nomination des hauts responsables dans une République. C’est la compétence, la probité, la rigueur, l’efficacité, la transparence, le contrôle et les résultats qui devraient guider le choix des grands commis de l’État. Seul ce type de sélection fondé sur le mérite et la responsabilité peut assurer une gouvernance saine, éviter les dérives, et garantir la confiance des citoyens envers leurs institutions.
L’affaire Marguerite Essossimna Gnakadè, au-delà de la polémique immédiate, devrait donc servir de leçon : les crises au sommet des États peuvent trouver leurs origines dans un mode de gestion des affaires publiques qui privilégie les liens privés au détriment de l’intérêt général. Il est mieux d’opter pour une gestion publique plus responsable, plus transparente, et réellement au service du bien commun.
Adjouavi Domingnon
