Bénin-Niger : Révocation de l’ambassadeur béninois, quel profil pour un nouvel émissaire béninois à Niamey dans le contexte actuel ?

par Africadev
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La crise diplomatique entre le Bénin et le Niger a connu un nouvel épisode avec la confirmation officielle, début juin 2025, de la révocation de l’ambassadeur béninois à Niamey, Gildas Agonkan. Pourtant, ce départ était effectif depuis plusieurs mois, sans que le gouvernement béninois n’ait communiqué publiquement sur le sujet, alimentant interrogations et spéculations sur la gestion de ce dossier sensible.

Un ambassadeur révoqué dans le silence

Rappelé à Cotonou dès février 2025, à la suite de propos jugés inopportuns lors d’une cérémonie à Gaya où il avait publiquement demandé pardon au peuple nigérien, Gildas Agonkan n’a jamais été officiellement remplacé ni même réhabilité à son poste. Cette demande de pardon, perçue à Niamey comme un geste d’apaisement, a été interprétée à Cotonou comme une faute grave, car elle mettait le Bénin en position de faiblesse diplomatique dans une crise où le pays n’entendait pas reconnaître de torts.

Malgré le rappel de l’ambassadeur, le Bénin est resté silencieux sur sa situation, n’émettant aucune communication officielle pendant plusieurs mois, alors même que la crise s’enlisait et que les tensions restaient vives entre les deux capitales.

La sortie du général Tchiani, un déclencheur

C’est lors d’une récente intervention médiatique que le général Abdourahamane Tchiani, président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) au Niger, a ironisé sur la disparition de l’ambassadeur béninois, allant jusqu’à déclarer que Niamey ignorait même si ce dernier était encore en vie. Cette sortie, jugée provocatrice par de nombreux analystes, a surpris par sa virulence et a mis le Bénin dans une position inconfortable.

Fait notable, c’est seulement au lendemain de cette déclaration du général Tchiani que le ministre béninois des Affaires étrangères, Olushegun Bakari, a finalement confirmé officiellement la fin de mission de Gildas Agonkan et annoncé la nomination prochaine d’un nouvel ambassadeur, validant ainsi les propos du chef de l’Etat nigérien. Cette séquence soulève de nombreuses questions : pourquoi le Bénin est-il resté muet aussi longtemps ? Pourquoi a-t-il fallu attendre la pression publique du Niger pour officialiser une décision déjà prise en interne ?

Quelles perspectives pour la représentation béninoise à Niamey ?

Au-delà de la gestion du cas Agonkan, la question de la nomination d’un nouvel ambassadeur reste entière. Le contexte actuel, marqué par la fermeture persistante de la frontière, les accusations réciproques de déstabilisation et le maintien d’un ambassadeur nigérien à Cotonou, interroge sur la volonté réelle des deux parties de normaliser leurs relations.

  • Le Bénin souhaite-t-il réellement envoyer un nouvel ambassadeur dans ces conditions de défiance ?
  • Le Niger acceptera-t-il une nouvelle proposition alors qu’il maintient une posture intransigeante et que le dialogue reste au point mort ?

Quel profil pour un nouvel ambassadeur ?

Dans ce contexte de crise, le choix du prochain ambassadeur béninois à Niamey revêt une importance stratégique. Plusieurs critères semblent indispensables pour espérer renouer le dialogue et amorcer une désescalade :

  • Écarter toute nomination à coloration politique, afin d’éviter les soupçons de calcul partisan ou d’agenda caché.
  • Privilégier un diplomate ayant résidé récemment au Niger, disposant de relations personnelles et privilégiées avec les membres du CNSP, la société civile, les milieux religieux et commerçants locaux.
  • Miser sur une personnalité capable de naviguer entre plusieurs sphères d’influence, pour rapprocher les deux gouvernements et favoriser un dialogue constructif, condition sine qua non à la réouverture de la frontière et à une coopération sécuritaire renforcée contre le terrorisme.

Le prochain ambassadeur doit être quelqu’un qui connaît suffisamment le Niger pour susciter de la confiance et du respect.

L’affaire Agonkan illustre la fragilité des équilibres diplomatiques en Afrique de l’Ouest, où transitions politiques, enjeux sécuritaires et intérêts économiques s’entremêlent. L’avenir de la représentation béninoise à Niamey dépendra autant de la volonté politique des deux États que du profil du prochain ambassadeur, qui devra être un véritable artisan du rapprochement, au service de la stabilité régionale.

Adjouavi Domingnon

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