Buhari : du sabre à l’urne, la trajectoire d’un homme de rupture

Buhari, fils du Nord, s’est d’abord imposé par la force. Général austère, il prend le pouvoir en 1983 lors d’un coup d’État, promettant discipline et rigueur à un Nigeria déjà miné par la corruption et la gabegie. Sa doctrine, la « War Against Indiscipline », frappe fort : arrestations massives, procès expéditifs, répression de la presse et des opposants. L’économie, soumise à une austérité brutale, s’isole du FMI, le naira est dévalué, les importations restreintes. Mais l’autoritarisme lasse, et il est renversé en 1985, jeté en prison par ses pairs.

L’homme du retour démocratique

Trois décennies plus tard, Buhari ressurgit, cette fois par les urnes. En 2015, il entre dans l’histoire en devenant le premier opposant à battre un président sortant, Goodluck Jonathan, dans un pays où l’alternance démocratique relevait jusque-là de l’utopie. Sa victoire porte l’espoir d’un Nigeria nouveau, plus intègre, plus sûr, plus juste.

Un bilan en clair-obscur

Mais la réalité du pouvoir est implacable. Buhari promet d’éradiquer Boko Haram : le groupe terroriste recule, sans jamais disparaître, tandis que l’insécurité se diversifie, entre banditisme, enlèvements et conflits communautaires. Sur le front économique, deux récessions frappent le pays, le chômage explose, la pauvreté s’enracine. La manne pétrolière s’étiole, rongée par le vandalisme et la corruption, tandis que les jeunes Nigérians, désabusés, cherchent leur avenir ailleurs.

Sa croisade anti-corruption, saluée pour son intégrité, se mue parfois en instrument politique, épargnant ses proches, frappant ses adversaires. Les réformes structurelles, attendues dans le secteur pétrolier ou la gouvernance, restent inachevées. Buhari laisse un Nigeria fracturé, une jeunesse en rupture, mais aussi une démocratie qui, pour la première fois, a fait tomber ses idoles par les urnes.

L’héritage d’un géant africain

Sur la scène ouest-africaine, Buhari aura incarné la stabilité et la fermeté, jouant un rôle clé dans la CEDEAO et la résolution de plusieurs crises régionales. À l’international, il a su défendre la souveraineté nigériane, tout en plaidant pour la coopération contre le terrorisme et la corruption.

Mais, au-delà des chiffres et des discours, c’est l’image d’un homme resté humble, quittant le pouvoir sans s’y accrocher, qui marque les esprits. Dans une Afrique où la tentation de l’éternité guette tant de dirigeants, Buhari aura montré, à sa manière, qu’il existe une vie après la présidence.

« Buhari restera le président le plus humble, celui qui a marqué le pays par son humilité. »
 Seidik Abba, journaliste spécialiste de l’Afrique

Sa disparition referme un chapitre tumultueux de l’histoire nigériane. Son héritage, contrasté, continuera de nourrir débats et passions, à l’image d’un Nigeria qui, malgré les épreuves, n’a jamais cessé de se réinventer.

Paix à son âme

La rédaction

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