Dans un climat régional toujours tendu, le président de la transition du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, s’est exprimé ce 10 mai 2025 sur la chaîne RT en français, dans le cadre de l’émission La Grande Interview. Cet entretien très attendu a offert au chef de l’État une tribune pour clarifier sa vision sur plusieurs enjeux majeurs : souveraineté nationale, lutte contre le terrorisme, et repositionnement diplomatique du Burkina-Faso dont il reste le président jusqu’en 2030.
Dès les premières minutes de l’interview, le capitaine Traoré a réaffirmé la volonté du Burkina Faso de reprendre le contrôle total de son destin politique, économique et militaire.
« Le peuple burkinabè a décidé de se tenir debout. Notre souveraineté ne se négocie pas », a-t-il martelé, dénonçant les ingérences extérieures et les « diktats occidentaux ».
Il a mis en avant les efforts de son gouvernement pour relocaliser les décisions stratégiques et s’appuyer davantage sur des partenariats jugés respectueux et équitables.
« Le Burkina Faso ne quémande plus. Nous décidons, nous assumons, nous agissons », a-t-il déclaré, dans un style direct et martial.
Cette posture traduit une reconfiguration profonde des relations entre Ouagadougou et ses partenaires historiques, notamment les anciennes puissances coloniales. Elle alimente en parallèle un regain de sentiment national chez une jeunesse en quête de leadership fort et de rupture.
La lutte contre le terrorisme, une priorité
Abordant la question cruciale de la sécurité, le capitaine Traoré a insisté sur les progrès réalisés dans la lutte contre les groupes armés terroristes. Il a souligné que l’armée burkinabè, renforcée par de nouvelles dynamiques locales, avait reconquis plusieurs zones autrefois sous contrôle djihadiste.
« Le combat est difficile, mais notre armée est plus que jamais déterminée. Nous ne laisserons aucun centimètre de notre territoire à ceux qui sèment la peur », a-t-il déclaré.
Vers un nouvel ordre diplomatique
Sur le plan international, le président de la transition a également évoqué la nécessité pour le Burkina Faso de diversifier ses alliances. Tout en maintenant une posture de non-alignement idéologique, il a confirmé le rapprochement avec des partenaires comme la Russie, la Chine et certains pays africains du Sahel.
« Nous choisissons nos amis en fonction de nos intérêts, non des humeurs de telle ou telle capitale occidentale », a-t-il affirmé, pointant du doigt un modèle de coopération basé sur la réciprocité et le respect mutuel.
Une communication stratégique
La diffusion de cette interview sur une chaîne internationale comme RT marque aussi une volonté claire de Traoré de porter le discours burkinabè sur la scène mondiale, en contournant les canaux classiques souvent jugés biaisés.
Cette intervention télévisée du capitaine Ibrahim Traoré s’inscrit dans une stratégie de communication offensive, visant à consolider sa légitimité intérieure tout en redéfinissant la place du Burkina Faso dans le concert des nations.
Et le choix de RT – un média international financé par la Russie et souvent critiqué par les chancelleries occidentales – n’est pas anodin.
Il s’inscrit dans la volonté de contourner les canaux traditionnels de l’information internationale, jugés peu favorables au récit burkinabè, pour s’adresser directement à un public francophone global avec un contre-discours assumé. En optant pour cette plateforme, Traoré confirme son intention de construire une parole politique souveraine, en rupture avec la rhétorique postcoloniale.
La rédaction