De retour d’une tournée de six jours en Russie, le président de la transition malienne, le Colonel Assimi Goïta, a posé les jalons d’un partenariat stratégique sans précédent entre le Mali, la Russie et les États sahéliens réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette visite, marquée par des rencontres de haut niveau à Moscou et au Tatarstan, ouvre de nouvelles perspectives économiques, sécuritaires et énergétiques pour la région.
Des accords structurants signés à Moscou
Lors de son passage au Kremlin, Assimi Goïta et son homologue russe Vladimir Poutine ont conclu plusieurs accords d’envergure. Tout d’abord, les deux chefs d’État ont convenu de la création d’une commission intergouvernementale chargée de piloter la coopération dans les domaines du commerce, de l’économie, des sciences et de la technologie. Cette commission vise à faciliter les investissements russes au Mali ainsi qu’à organiser le transfert de technologies stratégiques.
Ils ont également scellé un partenariat inédit dans le secteur de l’énergie nucléaire civile. Cet accord prévoit la construction d’une petite centrale nucléaire sur le sol malien, supervisée par le géant russe ROSATOM, ainsi que la formation d’ingénieurs et de techniciens maliens appelés à gérer ces nouvelles infrastructures.
Sur le plan sécuritaire, les deux parties ont renforcé leur collaboration à travers un accord global, visant à soutenir la lutte contre le terrorisme, à fournir des équipements militaires adaptés et à intensifier la formation des forces armées maliennes.
Enfin, un projet emblématique a été annoncé : la construction prochaine à Bamako d’une raffinerie d’or capable de traiter jusqu’à 200 tonnes par an. Ce projet stratégique doit permettre au Mali de valoriser localement ses ressources aurifères et de réduire sa dépendance aux exportations brutes, contribuant ainsi à la souveraineté économique du pays.
Tatarstan : l’industrie russe à portée du Mali
Poursuivant sa tournée dans la république du Tatarstan, Goïta a visité plusieurs sites industriels, notamment dans l’aéronautique et la production de véhicules. Des discussions ont été engagées pour des transferts de technologies, susceptibles de moderniser les capacités industrielles maliennes et sahéliennes.
Sur le plan sécuritaire, la Russie a officialisé le remplacement du groupe Wagner par l’Africa Corps, un dispositif militaire russe restructuré, déjà présent au Mali. Cette force contribuera à la sécurisation du territoire malien et au soutien de la lutte anti-terroriste, aux côtés des forces armées maliennes (FAMa).
En tant que président en exercice de l’AES, Goïta a plaidé pour une force commune sahélienne de 5 000 soldats, appuyée par Moscou, afin de renforcer la souveraineté sécuritaire des pays membres.
Vers une souveraineté énergétique et technologique
Le volet énergétique de la visite est particulièrement ambitieux : la centrale nucléaire civile envisagée pourrait marquer un tournant pour l’indépendance énergétique du Mali. Par ailleurs, la Russie s’est engagée à accorder des bourses de formation dans les secteurs scientifiques et techniques, contribuant à la montée en compétences des jeunes maliens.
Depuis la rupture progressive avec la France et la CEDEAO, le Mali cherche de nouveaux partenaires stratégiques. Cette visite en Russie confirme un basculement vers un modèle souverainiste, où Bamako et ses alliés sahéliens entendent choisir librement leurs partenariats.
Ce réalignement diplomatique place la Russie comme un acteur central dans la reconstruction économique et sécuritaire du Sahel, où l’AES ambitionne de devenir un pôle régional autonome et stabilisateur.
En consolidant son partenariat avec la Russie, le Mali affiche sa volonté de diversifier ses alliances et de s’émanciper des tutelles traditionnelles. Cette tournée pourrait également inspirer d’autres pays africains à reconsidérer leurs partenariats stratégiques dans un contexte international en recomposition.
La rédaction