C’est désormais officiel : le président ivoirien sortant, Alassane Ouattara, a été désigné candidat de son parti, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), à la prochaine élection présidentielle prévue en octobre 2025. Cette décision a été prise ce samedi lors du congrès national du parti, organisé dans l’enceinte du parc des expositions de Port-Bouët, à Abidjan. L’événement a rassemblé plusieurs milliers de militants venus des quatre coins du pays, dans une atmosphère de ferveur et de mobilisation massive.
Ce congrès, moment fort dans la vie du parti au pouvoir, a été marqué par l’intervention du président du comité d’organisation, Patrick Achi, ancien Premier ministre. Prenant la parole devant l’assemblée, il a solennellement proposé la candidature d’Alassane Ouattara à la magistrature suprême : « Je soumets à l’approbation du congrès la décision de la désignation du président Alassane Ouattara comme candidat du RHDP aux élections d’octobre 2025 », a-t-il déclaré, sous les acclamations nourries de la foule.
Une approbation sans surprise, mais symbolique
La proposition a été immédiatement adoptée par acclamation, dans une ambiance survoltée où les militants scandaient « ADO, ADO ! », en référence au surnom populaire du chef de l’État. Pour les cadres du RHDP, cette désignation est le fruit d’une large consultation interne. Les différents pré-congrès régionaux avaient déjà exprimé le souhait de voir leur leader se représenter, invoquant la stabilité du pays, les résultats économiques obtenus sous sa gouvernance et la nécessité d’une continuité politique.
Toutefois, selon les statuts du RHDP, cette désignation doit encore être validée par un vote formel des délégués du congrès. Ce scrutin est prévu pour ce dimanche 22 juin, au lendemain du discours très attendu du président Ouattara, qui doit s’exprimer depuis le stade olympique d’Ebimpé. Sa prise de parole est présentée comme un moment décisif où il devrait confirmer, ou non, son intention de briguer un nouveau mandat.
Une candidature qui divise
À 83 ans, Alassane Ouattara s’apprête potentiellement à entamer ce que l’opposition qualifie de quatrième mandat présidentiel. Un qualificatif rejeté par le RHDP, qui soutient que l’élection de 2020 représentait en réalité le premier mandat dans le cadre de la Troisième République, instaurée par la nouvelle Constitution de 2016. Selon cette lecture, la limitation à deux mandats consécutifs ne s’appliquerait pas rétroactivement.
Ce débat juridique et politique alimente déjà de vives tensions dans le pays. Plusieurs partis d’opposition ont dénoncé une dérive autoritaire et ont promis de s’opposer à ce qu’ils considèrent comme une tentative de confiscation du pouvoir. « C’est un mandat anticonstitutionnel et de trop », martèlent les principales figures de l’opposition, appelant à une large mobilisation populaire pour faire barrage à cette candidature.
Le RHDP joue la carte de la continuité
Pour ses partisans, Alassane Ouattara reste un pilier de la stabilité ivoirienne. Ils mettent en avant son bilan économique, ses efforts en matière d’infrastructures et sa posture d’homme d’État capable de maintenir la paix dans une sous-région en proie à de nombreuses turbulences. Dans les coulisses du RHDP, on insiste également sur l’absence d’un successeur naturel ayant, à ce stade, la même envergure nationale ou l’assise populaire.
Le congrès de Port-Bouët marque donc un tournant décisif pour le RHDP et pour la vie politique ivoirienne. En attendant la confirmation officielle de sa candidature, tout le pays semble suspendu à la déclaration d’Alassane Ouattara. Celle-ci pourrait relancer, ou non, une nouvelle dynamique politique à quelques mois d’une élection qui s’annonce déjà sous haute tension.
La rédaction