Crise Algérie / Mali : le Jeu trouble d’Alger

La crise actuelle entre l’Algérie et le Mali s’inscrit dans un contexte complexe mêlant enjeux sécuritaires, diplomatiques et géopolitiques. Voici les principaux éléments qui expliquent le rôle joué par l’Algérie dans cette confrontation

1. Contexte historique et sécuritaire

L’Algérie a longtemps été un acteur clé dans la résolution des conflits au Mali, notamment en parrainant des accords de paix tels que ceux de Tamanrasset (1991), Alger (2006) et l’Accord pour la paix et la réconciliation de 2015. Cependant, les relations se sont détériorées depuis que le Mali sous le Président Goita a dénoncé ces accords en janvier 2024. Bamako accuse Alger de « connivence » avec des groupes rebelles du nord malien, notamment des Touaregs, que l’Algérie considère comme des interlocuteurs nécessaires pour stabiliser sa frontière sud.

2. Incident du drone et escalade diplomatique

Le déclencheur immédiat de la crise a été l’abattage d’un drone malien par l’armée algérienne près de la frontière en avril 2025. L’Algérie affirme que le drone violait son espace aérien, tandis que le Mali soutient qu’il opérait sur son propre territoire. Cet incident a conduit à une série de mesures réciproques : rappel des ambassadeurs, accusations mutuelles et fermeture des espaces aériens des deux pays.

3. Accusations mutuelles

Le Mali accuse l’Algérie de soutenir indirectement des groupes qu’il qualifie de terroristes, notamment en recevant des leaders rebelles Touaregs sur son sol. Alger, de son côté, dénonce les violations répétées de son espace aérien par le Mali et critique la militarisation croissante du nord malien avec l’appui de partenaires comme la Russie.

4. Enjeux géostratégiques

L’Algérie cherche à protéger ses intérêts économiques et sécuritaires dans le sud du pays, où se trouvent des installations pétrolières vitales à proximité de la frontière malienne. La montée des tensions au Sahel menace également sa stabilité interne et sa politique régionale. En parallèle, le Mali s’efforce d’affirmer son autonomie face aux ingérences extérieures tout en renforçant ses alliances avec d’autres partenaires comme l’AES et la Russie.

5. Conséquences régionales

Cette confrontation dépasse les simples relations bilatérales entre Alger et Bamako. Elle reflète une recomposition géopolitique au Sahel, où les alliances traditionnelles sont remises en question. La crise pourrait affaiblir davantage la coopération régionale contre le terrorisme et exacerber les tensions dans une région déjà instable.

En résumé, l’Algérie joue un rôle ambigu dans cette crise : elle cherche à préserver sa sécurité nationale et son influence régionale tout en adoptant une posture de médiateur historique. Cependant, ses actions sont perçues par Bamako comme une ingérence, ce qui alimente un climat de méfiance mutuelle.

Le jeu trouble de l’Algérie ?

Dans une intervention récente publiée le 9 avril 2025, Choguel Kokalla Maïga, ancien Premier ministre malien, a critiqué la position de l’Algérie dans la crise sécuritaire au Mali. Il a dénoncé une posture ambiguë de l’Algérie, accusant ce pays de jouer un rôle problématique dans la déstabilisation du nord du Mali. Choguel Maïga a notamment évoqué le soutien historique de l’Algérie aux rébellions touarègues et ses tentatives présumées d’influence sur cette région stratégique. Selon lui, les actions algériennes, bien qu’officiellement amicales, alimenteraient indirectement les divisions internes et l’insécurité dans le pays, en témoigne des accords de partenariats non rendus publics après une récente visite d’une délégation française en Algérie. Notons que cette crise intervient quelques jours après le premier sommet AES/ Russie tenu début Avril 2025 A Moscou.

Choguel Maiga a également rappelé des épisodes historiques, comme l’accord de 1907 entre les autorités françaises et les Ifoghas, qui aurait fragilisé le Mali et dont certains pays voisins, comme l’Algérie, auraient tiré profit. Maïga a critiqué les accords bilatéraux récents entre l’Algérie et la France sur la sécurité au Sahel, les qualifiant d' »alliance impie » visant à affaiblir les initiatives souverainistes des pays de l’AES.

La Rédaction.

Related posts

Niger : Le Général Mohamed Toumba, Pilier important de la Sécurité et de la Refondation Nationale

Burkina Faso : Un Hôpital de Haut Standing Prend Forme à Bobo-Dioulasso

AES : Vers une Économie Forte et Souveraine au Sahel