Francophonie Fragilisée : L’AES Rompt avec l’OIF et Défie l’Héritage Colonial

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont officiellement annoncé leur retrait de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) lors de la semaine du 17 mars 2025. Ce départ marque un tournant historique dans les relations entre ces pays africains et l’organisation, mettant en lumière leur quête de souveraineté face à l’héritage colonial français.

Un retrait symbolique et coordonné

C’est le Niger qui a ouvert la voie. Dans un courrier officiel daté du 17 mars 2025, le gouvernement nigérien a déclaré son retrait de l’OIF. Laouali Labo, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, a affirmé dans une lettre adressée aux représentations diplomatiques que cette décision était prise « souverainement », soulignant ainsi son caractère politique et stratégique.

L’OIF a confirmé cette annonce par la voix de sa porte-parole, Oria K. Vande Weghe : « Le Niger a écrit à la France et la France nous a informés de cette notification », a-t-elle déclaré sur TV5 Monde.

Le Mali a suivi le lendemain, le 18 mars, en annonçant également son retrait. Dans une lettre officielle, le ministère des Affaires étrangères malien a justifié cette décision en déclarant que « le Mali ne peut demeurer membre d’une organisation aux agissements incompatibles avec les principes constitutionnels (…) fondés sur la souveraineté de l’État ». Cette déclaration fait écho au sentiment croissant d’indépendance exprimé par les autorités maliennes.

Enfin, le Burkina Faso, allié des deux autres pays au sein de l’AES, a également confirmé son départ. Ces retraits coordonnés illustrent une volonté commune des trois nations de rompre avec les institutions perçues comme liées à leur passé colonial.

Contexte : une rupture avec l’ancien colonisateur

Ces décisions interviennent après que les trois pays ont été suspendus de l’OIF à la suite des coups d’État militaires survenus dans chacun d’eux. L’organisation, soutenue par plusieurs partenaires occidentaux, exigeait depuis plusieurs mois un retour à l’ordre constitutionnel. Cependant, pour les dirigeants de l’AES, ces injonctions sont vues comme une ingérence dans leurs affaires internes.

Cette rupture s’inscrit dans une dynamique plus large de rejet des influences étrangères perçues comme néocoloniales. En Afrique, ces décisions ne surprennent pas totalement. Elles rappellent notamment les propos prophétiques de Seydou Badian Kouyaté, écrivain malien décédé en 2018. Dans ses déclarations, il avait prédit que le Mali finirait par quitter la Francophonie si la France ne révisait pas ses politiques envers ses anciennes colonies.

Réactions en chaîne : entre choc et soutien

À l’OIF, le départ conjoint du Burkina Faso, du Mali et du Niger est accueilli avec consternation. Oria Vande Weghe a exprimé son regret : « C’est une nouvelle que l’on déplore. On n’est jamais content d’apprendre qu’un membre quitte la famille. Néanmoins en tant qu’organisation nous sommes obligés de respecter la souveraineté des États et donc les choix que les États font ».

En France, les réactions sont partagées. Au parlement français, certains déplorent que ces départs soient motivés par des agendas politiques internes propres à des régimes autoritaires. D’autres y voient un symptôme plus profond : celui de l’échec de l’OIF à constituer un espace véritablement politique garantissant les principes de liberté et d’émancipation.

Le groupe parlementaire La France Insoumise-NFP dirigé par Jean-Luc Mélenchon a vivement réagi à ces événements. Dans un communiqué, il qualifie ces départs coordonnés de « rude coup porté au monde francophone dans son ensemble ». Le mouvement demande également à Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l’OIF, d’assumer ses responsabilités en tirant les conséquences politiques de cette situation et en présentant sa démission.

Un tournant historique pour la Francophonie

Ces retraits marquent une étape majeure dans la redéfinition des relations entre certains pays africains et leurs anciennes institutions coloniales. L’AES semble déterminée à affirmer son indépendance face aux pressions internationales tout en renforçant sa coopération régionale.

Pour la Francophonie, ce départ collectif pose des questions fondamentales sur sa capacité à incarner autre chose qu’un héritage culturel imposé par le passé colonial français. L’avenir dira si cette organisation saura se réinventer ou si elle continuera à perdre des membres au fil du temps.

Louis KAMAKO
Journaliste

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