L’affaire Karim Khan, procureur en chef de la Cour pénale internationale (CPI), accusé d’inconduite sexuelle et placé en retrait le temps d’une enquête onusienne, intervient à un moment de crise profonde pour la CPI, déjà contestée pour son manque d’impartialité et sa focalisation quasi-exclusive sur les dirigeants africains.
Un procureur fragilisé, une institution sous le feu des critiques
Karim Khan, qui a nié toutes les accusations portées contre lui, a décidé de se mettre en congé administratif jusqu’à la fin de l’enquête menée par les Nations unies, alors que la CPI traverse une période critique, engagée dans des dossiers sensibles comme l’Ukraine et Gaza. Cette affaire jette une ombre supplémentaire sur la crédibilité de la Cour, déjà affaiblie par des sanctions américaines et des accusations de partialité.
La CPI, une justice à géométrie variable ?
Depuis sa création en 2002, la CPI a été accusée à de multiples reprises de ne poursuivre que des chefs d’État et responsables africains, alors que des crimes graves commis par des puissances occidentales ou leurs alliés restent impunis. Sur les 31 affaires traitées jusqu’à récemment, la quasi-totalité concerne l’Afrique, ce qui alimente le sentiment d’une justice internationale sélective, voire instrumentalisée par les grandes puissances.
La CPI n’a jamais poursuivi les dirigeants pour les crimes perpétrés par l’armée britannique en Irak ou en Afghanistan, ni par l’armée française en Afrique. Et pour cause : la CPI est l’émanation de ces donneurs d’ordre.
Cette perception de « deux poids, deux mesures » est renforcée par le fait que les États-Unis, la Russie, la Chine ou Israël qualifiés d’États impérialistes ne sont pas parties au Statut de Rome, et donc hors de portée des poursuites de la CPI. Pendant ce temps, les pays africains, qui forment le plus grand contingent de membres de la CPI, restent les principales cibles de ses actions.
L’Afrique en résistance : vers un retrait collectif ?
Face à cette situation, de nombreux citoyens africains, notamment au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), appellent ouvertement à quitter la CPI, dénonçant une institution qui « s’acharne » sur l’Afrique tout en épargnant les puissances occidentales.
« La CPI s’acharne beaucoup plus sur l’Afrique, sur les chefs d’État africains, y compris des chefs d’État en exercice, alors qu’ailleurs dans le monde, beaucoup de violations des droits de l’Homme flagrantes, mais personne n’est inquiété. Il y a là deux mesures, deux poids. » Idriss Déby, ex-président du Tchad
Pourquoi l’AES et l’Afrique devraient envisager le retrait
- La CPI n’est pas universelle : les grandes puissances ne sont pas membres et restent à l’abri de toute poursuite.
- Les poursuites sont quasi-exclusivement dirigées contre des Africains, ce qui nourrit l’idée d’une justice postcoloniale et discriminatoire.
- L’institution est perçue comme un instrument politique, servant les intérêts des puissants au détriment de la souveraineté des États africains.
- La crédibilité de la CPI est aujourd’hui gravement entamée, y compris par les scandales internes qui touchent son propre procureur.
L’affaire Karim Khan ne fait qu’accentuer la crise de légitimité de la CPI. Face à une institution perçue comme partiale et instrumentalisée, les États africains, en particulier ceux de l’AES, ont toutes les raisons de reconsidérer leur appartenance à la Cour. Tant que la CPI ne jugera pas les crimes commis par les puissances occidentales et leurs alliés, elle restera une justice à sens unique, incapable de répondre aux aspirations de justice et de souveraineté du continent africain.
Adjouavi Domingnon