Le Mali tourne la page des Accords d’Alger et adopte une nouvelle charte nationale

Le gouvernement de transition malien a officiellement annoncé, le  22 juillet 2025, la fin des Accords de paix d’Alger signés en 2015 avec les groupes armés du nord du pays. À la place, les autorités maliennes adoptent désormais la Charte nationale de paix et de réconciliation, issue de larges consultations nationales avec les forces armées, les partis politiques, les autorités coutumières et la société civile.

Selon Bamako, les Accords d’Alger, qui prévoyaient une décentralisation avancée et des arrangements politiques spécifiques pour les régions du nord, « n’ont jamais répondu aux attentes profondes de la population malienne » et ont été en grande partie imposés par des médiations extérieures.

Cette prise de position s’inscrit dans une dynamique plus large de rupture avec certains cadres de coopération régionale et internationale, dans un contexte marqué par le retrait du Mali de la CEDEAO en janvier 2024 et par le rapprochement stratégique avec ses voisins du Burkina Faso et du Niger au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Les objectifs de la nouvelle charte

La Charte nationale de paix et de réconciliation a pour ambition de favoriser une véritable réconciliation communautaire et nationale en multipliant les programmes de dialogue entre les différentes communautés, en particulier dans les régions de Tombouctou, Gao et Kidal, afin de restaurer la cohésion sociale.

 Elle met également l’accent sur le développement et la gouvernance locale, avec des investissements prioritaires dans les infrastructures, l’éducation et la santé, tout en renforçant les pouvoirs des collectivités sans accorder de statut particulier à une région.

Enfin, la charte veut consolider la sécurité et préserver l’intégrité territoriale à travers une restructuration des forces armées, qui auront pour mission de reprendre le contrôle des zones encore sous influence de groupes armés, en coordination avec les pays alliés de l’AES et d’autres partenaires internationaux.

Réactions et incertitudes

L’annonce a suscité des réactions contrastées. Une partie de la population et des responsables politiques voit dans ce choix une « libération nationale », estimant que les Accords d’Alger avaient accentué les divisions régionales et fragilisé l’État central.
Cependant, certains experts redoutent que cette rupture ne ravive les tensions avec la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA), signataire de l’accord, et n’entraîne une reprise des affrontements dans le nord du pays.

À l’international, les réactions sont prudentes. L’Algérie, principal médiateur de l’accord de 2015, a exprimé son « regret » face à cette décision et appelé au dialogue. Les Nations unies, de leur côté, ont exhorté Bamako à maintenir un processus inclusif pour éviter de compromettre les acquis partiels obtenus depuis 2015.

Un contexte sécuritaire tendu

Cette décision intervient alors que le Mali continue de faire face à une intensification des attaques de groupes djihadistes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Ces dernières semaines, les Forces armées maliennes (FAMa) ont mené plusieurs opérations de grande envergure dans le centre et le nord, revendiquant des succès contre des chefs terroristes notoires.

Les observateurs notent que la nouvelle charte pourrait renforcer la légitimité des autorités auprès de la population, mais qu’elle risque aussi d’alimenter les rivalités avec certains groupes armés qui voyaient dans les Accords d’Alger un compromis politique.

Une étape vers une refondation de l’État ?

Pour les autorités, l’abandon des Accords d’Alger ouvre un « nouveau chapitre de l’histoire du Mali », marqué par une volonté de recentrer le pouvoir politique autour d’un État fort, unifié et respectueux de la diversité culturelle. La réussite de cette démarche dépendra toutefois de la capacité du gouvernement à associer toutes les parties prenantes et à améliorer rapidement la situation sécuritaire et économique.

La rédaction

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