Le gouvernement nigérien a annoncé ce 19 juin 2025 la nationalisation de deux entreprises clés : la Société des Mines de l’Aïr (Somaïr), spécialisée dans l’uranium, et la Société Nigérienne d’Électricité (Nigelec), principal fournisseur d’énergie du pays. Une décision à forte portée économique et politique, qui marque une étape décisive vers la souveraineté nationale.
Reprise du contrôle sur l’uranium d’Arlit
La première entreprise concernée par cette décision est la Société des Mines de l’Aïr (Somaïr), implantée dans la région d’Arlit, au nord du pays. Créée en 1968 et exploitée en coentreprise par le groupe français Orano Mining et la société publique nigérienne Sopamin, la Somaïr est un acteur historique de l’extraction d’uranium, ressource stratégique pour le Niger et pour les pays importateurs, notamment la France.
Dans un communiqué officiel, les autorités nigériennes dénoncent une gestion « déséquilibrée, inéquitable et contraire aux intérêts nationaux ». Elles soulignent notamment que 86 % de la production étaient exportés par Orano, contre seulement 9 % par Sopamin, pourtant actionnaire à hauteur de 35 %. Le gouvernement accuse également le groupe français d’« avoir déserté le site sans concertation » à l’issue de la convention minière arrivée à terme en décembre 2023.
Nigelec : pour une souveraineté énergétique
La Société Nigérienne d’Électricité (Nigelec) est la seconde entreprise nationalisée. Bien qu’elle soit déjà majoritairement détenue par l’État, son capital incluait également des actionnaires institutionnels tels que la SONIBANK, l’Agence Française de Développement (AFD), ainsi que des parts détenues par les communes et les salariés.
Selon les autorités, cette décision vise à mettre fin aux dysfonctionnements structurels de la société. Le gouvernement pointe du doigt une gestion coûteuse et inefficace, un système de rémunérationjugé excessif, et surtout une dépendance énergétique extérieure, notamment vis-à-vis du Nigeria, fournisseur principal interrompu depuis 2023 à la suite du coup d’État.
La nationalisation, désormais actée par ordonnance, transfère la totalité des actifs et du capital à l’État, qui s’engage à indemniser les actionnaires minoritaires. Une nouvelle gouvernance sera prochainement nommée pour restructurer l’entreprise.
Un tournant politique et économique
Ces deux nationalisations s’inscrivent dans un contexte de rupture diplomatique entre le Niger et la France, amorcée après le renversement du président Mohamed Bazoum en juillet 2023. Depuis, les autorités de transition cherchent à affirmer leur indépendance, aussi bien politique qu’économique.
« Il s’agit d’un acte de souveraineté assumé », a déclaré un membre du gouvernement, ajoutant que le Niger souhaite désormais « reprendre le contrôle de ses ressources naturelles et infrastructures vitales pour son développement ».
Cette décision pourrait toutefois entraîner des conséquences juridiques et diplomatiques. Le groupe Orano a d’ores et déjà annoncé son intention de contester la nationalisation devant les juridictions compétentes, notamment à l’international.
Une nouvelle ère pour le Niger
En reprenant le contrôle de la Somaïr et de la Nigelec, le Niger envoie un signal fort : les ressources stratégiques du pays doivent bénéficier en priorité à la population nigérienne. Mais cette volonté affirmée devra se traduire par une gestion rigoureuse et transparente, pour garantir la pérennité des entreprises nationalisées et attirer de futurs partenaires internationaux dans un cadre renouvelé.
Le pari est audacieux. Il pourrait marquer, s’il est mené à bien, le début d’un nouveau modèle de développement centré sur la souveraineté économique du Niger.
La rédaction