Les nouvelles autorités nigériennes ont expulsé le 13 mars dernier trois dirigeants de sociétés pétrolières chinoises. Cette décision a été prise dans un contexte marqué par de fortes tensions croissantes autour des disparités salariales entre expatriés et travailleurs locaux. Elle amorce un tournant décisif dans la politique économique du pays, qui cherche à renforcer son contrôle sur ses ressources naturelles.
Personæ non gratæ
Les responsables expulsés occupaient des positions stratégiques au sein de la China National Petroleum Corporation (CNPC), de la West African Oil Pipeline Company (WAPCo) et de la co-entreprise de raffinage de pétrole SORAZ. Ces expulsions font suite à plusieurs rappels à l’ordre de ces directeurs accusés de pratiques peu orthodoxes.
Selon le ministre du Pétrole, Sahabi Oumarou, la principale raison de cette mesure réside dans l’énorme différentiel de rémunération entre les employés chinois et nigériens. Dans les faits, là où un expatrié chinois percevait en moyenne 8 678 dollars par mois, un travailleur nigérien occupant un poste similaire ne touchait que 1 200 dollars.
Une inégalité criante, couplée à une prédominance des expatriés aux postes de direction, a provoqué une indignation croissante au sein des instances gouvernementales et du personnel local.
La RSE mise à rude épreuve
Au-delà de l’écart salarial remarqué, plusieurs raisons sous-jacentes justifient l’expulsion des dirigeants de sociétés chinoises qui se comportaient au Niger comme en territoire conquis. Des sources bien renseignées informent que des engagements relatifs au transfert de compétence et de technologie, à l’utilisation de la main d’œuvre qualifiée locale et le nombre de nigériens qui doivent être employés dans ces sociétés n’ont jamais été respectés.
Pis, les mis en cause étaient depuis lors en deal permanent avec des proches de l’ancien président Mohamed Bazoun et l’actuel chef de l’Etat béninois, Patrice Talon. Pour s’en rendre compte, il suffit d’observer la décision en novembre 2024 des autorités nigériennes de procéder à un redressement fiscal pour la raffinerie Soraz. Elles avaient demandé à la société chinoise CNPC une avance de liquide sur le paiement du brut nigérien. C’est en ce moment que les autorités béninoises ont fait retarder le pétrole à quitter le Bénin via l’oléoduc.
Vers la renégociation des contrats ?
La décision du gouvernement nigérien a déclenché une onde de choc dans le secteur énergétique. Et pour beaucoup d’analystes cette expulsion des dirigeants chinois risque d’avoir des conséquences importantes sur les relations diplomatiques et économiques entre le Niger et la Chine, qui constitue un investisseur clé dans le secteur pétrolier et minier nigérien.
Au contraire, cette initiative semble baliser la voie à une renégociation des contrats en faveur d’un meilleur partage des richesses et d’une montée en compétence de la main-d’œuvre locale. Des indiscrétions révèlent que le gouvernement chinois a déjà pris langue avec le Général Tiani et ses hommes pour la nomination de nouvelles personnes aux postes vacants.
Le gouvernement nigérien affirme rester ouvert au dialogue et pourrait donner une chance à ces négociations. Cette attitude ‘’paternaliste’’ renforce l’engagement du régime militaire au pouvoir au Niger de s’affranchir de la tutelle économique des puissances étrangères et de maximiser les retombées économiques locales.
Le Général Abdourahamane et son gouvernement qui ont accédé au pouvoir en juillet 2023 ont déjà pris des mesures similaires en rompant des accords de défense avec les États-Unis et la France, ainsi qu’en renforçant le contrôle du pays sur la mine d’uranium de Somair, jusque-là exploitée par la société française Orano.
Adjouavi Adomingnon