Niger-Nigeria : Le dégel diplomatique s’amorce, les bases d’une réconciliation sincère posées à Niamey

Après près de deux ans de tensions et de sanctions, le Niger et le Nigeria viennent de franchir un pas décisif vers la réconciliation. Ce mercredi 16 avril 2025, la visite officielle du chef de la diplomatie nigériane, Yusuf Maitama Tuggar, à Niamey, marque un tournant majeur dans les relations entre les deux voisins, longtemps plombées par le renversement du président Bazoum Mohamed et la rupture qui s’en est suivie.

Une rencontre fraternelle et stratégique

Accueilli par son homologue nigérien, Bakary Yaou Sangaré, dans une atmosphère empreinte de fraternité et d’amitié, Yusuf Tuggar a conduit une délégation nigériane venue réaffirmer la volonté d’Abuja de tourner la page des incompréhensions. Les deux ministres ont salué la qualité historique des relations entre leurs peuples et affiché leur détermination à hisser la coopération bilatérale à la hauteur des défis communs : sécurité, développement, et prospérité partagée.

Des dossiers brûlants sur la table

Loin des discours convenus, la rencontre a permis d’aborder sans détour les sujets qui fâchent et ceux qui rassemblent. Au cœur des discussions : la relance de la Commission mixte nigéro-nigériane, la coopération sécuritaire face à la menace terroriste persistante à la frontière, et la nécessité de relancer les grands projets structurants comme la ligne ferroviaire Kano-Maradi, le gazoduc transsaharien, et le développement des infrastructures énergétiques et routières.

Les deux parties ont aussi insisté sur la reprise des échanges commerciaux, la stimulation des marchés frontaliers, la lutte contre la transhumance incontrôlée, les vols de bétail et l’immigration clandestine. Un comité consultatif mixte sera mis en place pour assurer le suivi de ces engagements et garantir que les promesses ne restent pas lettres mortes.

Un geste fort, un symbole de normalisation

La visite de Yusuf Tuggar, l’un des plus fervents critiques du CNSP depuis son avènement, est perçue à Niamey comme un signal fort d’ouverture et de pragmatisme. Elle intervient alors que le Nigeria, après avoir soutenu les sanctions et réduit la fourniture d’électricité au Niger, semble vouloir privilégier la coopération et la stabilité régionale.

Si la question du sort du président déchu Bazoum reste en suspens et continue d’alimenter la méfiance, ce premier pas diplomatique ouvre la voie à une nouvelle ère. Les deux chefs de la diplomatie ont d’ailleurs convenu de multiplier les visites et de renforcer la synergie d’action, notamment dans la lutte contre le terrorisme et pour le développement durable.

Un nouveau chapitre s’ouvre

Dans un contexte où le Niger, aux côtés du Burkina Faso et du Mali, affirme une souveraineté décomplexée au sein de l’AES, ce rapprochement avec le géant nigérian est porteur d’espoir. Il pourrait annoncer la fin de l’isolement diplomatique et la relance d’une coopération vitale pour la stabilité et l’avenir du Sahel.

  Les deux parties ont exprimé leur satisfaction face aux bonnes relations, à l’amitié et à la paix entre le Nigeria et le Niger. Elles ont réitéré leur engagement à améliorer les relations diplomatiques en faveur de leurs communautés pour la paix, la sécurité et le développement durable.

Le dégel est amorcé. C’est sans doute une nouvelle ère qui s’ouvre. Espérons que très bientôt, Olushégoun Bakari Ministre des Affaires étrangères du Bénin emboitera le pas à son homologue du Nigéria en descendant à Niamey pour les mêmes raisons ,ce qui pourrait faciliter une vraie reprise d’une coopération sincère et franche et peut être même faciliter l’ouverture de la frontière terrestre entre le Bénin et le Niger.

Nourdeen Didier Alohou

Expert en Communication pour un Changement de Comportement Social et d’Impact, Dg Africadev, Lomé

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