Le 31 mai dernier, sur les antennes de la télévision nationale Télé Sahel, le chef du régime militaire nigérien a été catégorique : la frontière avec le Bénin « restera fermée ». Cette déclaration survient dans un contexte de fortes tensions entre les deux pays, exacerbées par des accusations graves. Niamey accuse son voisin béninois d’abriter des bases où s’entraîneraient, selon lui, des jihadistes. Des allégations immédiatement et fermement rejetées par Cotonou, qui dénonce des propos « graves et sans fondement ».
Une coopération antiterroriste menacée
Ce regain de tensions porte un coup dur aux espoirs de relance d’une coopération sécuritaire entre les deux États. Dans une région minée par les violences jihadistes notamment dans la zone dite des « trois frontières » (Niger, Burkina Faso, Bénin). La rupture du dialogue entre Niamey et Cotonou risque de fragiliser davantage un équilibre déjà précaire.
La coopération transfrontalière est pourtant cruciale : échanges de renseignements, patrouilles coordonnées, surveillance des mouvements suspects… autant d’éléments rendus impossibles ou inefficaces par cette fermeture de frontière prolongée.
Les populations civiles en première ligne
Au-delà des enjeux sécuritaires, les conséquences économiques et sociales sont immédiates. La frontière entre les deux pays est un axe vital pour le commerce local. Sa fermeture aggrave la précarité dans les zones rurales et marginalisées, où le trafic, le troc et la libre circulation sont essentiels à la survie.
Cette situation crée un terreau fertile pour les groupes armés, qui exploitent le ressentiment des populations face à l’abandon étatique.
Une crise aux ramifications régionales
Le Niger, membre de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Mali et le Burkina Faso, prend ses distances avec la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dont fait partie le Bénin. Cette divergence d’alliances, sur fond d’idéologies politiques et de rapports avec les puissances étrangères, accentue la polarisation régionale.
À Cotonou, on soupçonne Niamey de vouloir provoquer une crise diplomatique pour renforcer sa posture souverainiste. À Niamey, on accuse le Bénin de complot avec des puissances occidentales.
Trois scénarios pour l’avenir
1. La désescalade par la diplomatie : une médiation menée par la CEDEAO, l’Union africaine ou des acteurs comme le Nigeria pourrait aboutir à un compromis. La frontière serait rouverte progressivement, et la coopération sécuritaire relancée.
2. Le statu quo tendu : la frontière reste fermée, les tensions verbales persistent, mais sans escalade majeure. Les groupes jihadistes en profitent pour avancer dans les zones grises entre les deux États.
3. L’escalade régionale : à défaut de solution, la situation dégénère. Des incidents armés, sabotages ou infiltrations créent un conflit larvé entre les deux pays. L’axe Niamey-Ouagadougou–Bamako s’isole davantage du reste de l’Afrique de l’Ouest.
Le blocage de la frontière entre le Niger et le Bénin, couplé aux accusations croissantes, marque une nouvelle étape dans la fragmentation de l’Afrique de l’Ouest. Alors que la menace jihadiste reste omniprésente, la division des États fragilise toute réponse régionale coordonnée.
À mesure que le fossé se creuse entre voisins jadis alliés, c’est toute la sécurité de la région qui est affaiblie et compromise.
Adjouavi Domingnon
