Le Sahel en difficulté depuis des années et l’Union africaine, jusque-là spectatrice silencieuse, se manifeste enfin. La nomination d’Évariste Ndayishimiye, l’ex-président burundais, comme envoyé spécial pour la région suscite plus de scepticisme que d’espoir sur une terre dévastée par la terrorisme, l’abandon avec des populations résilientes.
Pendant que la violence jihadiste empoisonne chaque jour le quotidien du Mali, du Burkina Faso ou du Niger, que les populations fuient des villages ou finissent refoulées de l’Algérie dans l’indifférence, l’Union africaine a trop longtemps fermé les yeux. Son inertie, sa lenteur, son silence face aux problèmes du Sahel, frisent la complicité. Pour beaucoup, la Commission de l’UA s’est contentée de discours vides et de commissions de façade, alors que la région sombrait dans le chaos et le sous-développement.
Aujourd’hui, face à la multiplication d’attaques meurtrières et à l’aggravation de la crise humanitaire, l’UA affirme qu’il est « urgent d’unir les forces africaines et internationales pour ramener la paix ». Mais qui prend encore au sérieux la parole d’une institution qui a si souvent laissé faire ? Au Sahel, la mémoire du mépris, des « plans d’action » restés lettre morte et des appels à l’aide ignorés, est vivace.
Évariste Ndayishimiye aura la lourde mission de faire oublier l’apathie de l’UA. Il devra prouver que sa nomination n’est ni une récompense politique, ni une figure imposée par de hautes sphères technocratiques ou impérialistes. Il lui faudra convaincre des populations brisées que cette fois, l’Afrique ne livrera pas leur destin à d’obscures tractations ou à d’autres intérêts que les leurs.
La survie du Sahel ne supporte plus les calculs et les faux-semblants. Refonder la sécurité et l’espoir exige une action immédiate, ferme et solidaire : c’est un sursaut, pas un simple changement de poste, que les populations attendent enfin de leur Union africaine. Après tant d’années de silence, le temps des actes a plus que sonné. La page de la résignation doit être tournée, sinon c’est le continent entier qui en portera la honte.
La rédaction