L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) traverse une période de turbulences sans précédent, marquée par des tensions économiques, politiques et monétaires croissantes. Alors que plusieurs facteurs endogènes sont souvent évoqués pour expliquer cette crise, de plus en plus d’analystes pointent du doigt un acteur externe majeur qu’est la France.
Créée en 1994, l’UEMOA regroupe huit pays d’Afrique de l’Ouest partageant le franc CFA, une monnaie historiquement liée au Trésor français. Bien que cette union monétaire ait longtemps été présentée comme un gage de stabilité macroéconomique, elle fait aujourd’hui face à une contestation croissante. L’un des principaux points de friction réside dans la dépendance perçue vis-à-vis de la France.
« Le cadre monétaire actuel limite l’autonomie des politiques économiques nationales », explique Dr. Aïssata Touré, économiste basée à Abidjan. « Cette dépendance structurelle, notamment en matière de réserves de change logées à la Banque de France, alimente une frustration croissante chez certains États membres. »
Des dynamiques politiques divergentes
Les divergences politiques entre les États membres, accentuées par les coups d’État récents au Mali, au Burkina Faso et au Niger, ont mis à rude épreuve la cohésion régionale. Ces pays, aujourd’hui suspendus des instances de l’UEMOA, dénoncent une institution trop inféodée à des logiques extérieures, notamment françaises.
Dans un communiqué conjoint publié en juin 2025, les autorités de transition du Sahel affirmaient : « L’UEMOA n’agit plus dans l’intérêt souverain des peuples ouest-africains, mais selon une ligne dictée par des intérêts étrangers. »
Le rôle controversé de la France
La présence française dans les mécanismes économiques de la région reste un sujet de discorde. Si certains estiment que cette relation assure une stabilité financière bienvenue, d’autres y voient une ingérence qui freine l’émergence de solutions africaines aux problèmes africains.
« La relation entre l’UEMOA et la France est historiquement asymétrique », souligne l’universitaire sénégalais Mamadou Sagna. « Elle est devenue l’un des freins à une intégration régionale fondée sur la souveraineté économique. »
Les débats autour du remplacement du franc CFA par l’« Eco » ont également révélé les tensions autour de cette dépendance. Le projet, porté par la CEDEAO, est au point mort, en partie à cause des divergences de vues sur le rôle que devrait jouer la France dans le futur régime monétaire.
Face à la montée des critiques, certains appellent à une refonte complète du cadre institutionnel de l’UEMOA. Une conférence régionale, initialement prévue pour septembre 2025, pourrait être l’occasion de poser les bases d’un nouveau pacte économique, plus équilibré et plus souverain.
Cependant, cette perspective reste incertaine. Tant que les rapports de force au sein de l’Union et vis-à-vis de la France ne seront pas redéfinis, la crise de l’UEMOA risque de s’enliser.
La rédaction