Le gouvernement malien vient de franchir une étape déterminante dans sa stratégie de valorisation des ressources naturelles. En adoptant un projet de loi autorisant l’État à prendre une participation majoritaire de 62 % dans la future Société de Raffinerie d’Or du Mali, les autorités entendent transformer en profondeur l’exploitation aurifère, pierre angulaire de l’économie nationale.
Conçue en partenariat avec le groupe russe Yadran, cette infrastructure industrielle sera implantée à Bamako et visera une capacité de traitement allant jusqu’à 200 tonnes d’or par an. Une ambition qui dépasse la simple prouesse technique : il s’agit pour le Mali de reprendre la main sur un secteur stratégique longtemps dominé par des multinationales étrangères.
Transformer l’or au pays : un changement de paradigme
Jusqu’ici, la majeure partie de l’or malien était exportée à l’état brut, échappant aux circuits de transformation locaux. Avec cette raffinerie, les autorités veulent freiner les exportations non valorisées, structurer la filière artisanale, et lutter contre la contrebande, tout en captant la valeur ajoutée sur place.
Cette volonté s’inscrit dans une logique de souveraineté économique affirmée, à un moment où le secteur aurifère traverse une période délicate. Le Mali, troisième producteur d’or d’Afrique, a vu sa production industrielle chuter de 66,5 tonnes en 2023 à 51 tonnes en 2024 – soit une baisse de 23 %, selon les chiffres du ministère des Mines. Une contraction attribuée aux tensions croissantes entre l’État et plusieurs entreprises minières étrangères, suite à des réformes jugées contraignantes.
Une réforme minière d’envergure
Depuis 2023, Bamako a enclenché une série de réformes profondes :
- Le nouveau Code minier permet à l’État de détenir jusqu’à 30 % du capital dans tout projet aurifère.
- Une loi sur le contenu local impose aux compagnies étrangères de céder 5 % de leur capital à des acteurs maliens.
Résultat : une hausse spectaculaire des recettes publiques issues du secteur aurifère, avec une augmentation de 52,5 % en 2024, portée par une meilleure fiscalité et un retour sur investissement accru grâce aux nouvelles participations de l’État.
Le choix de Yadran : entre pragmatisme et repositionnement géopolitique
Le partenariat stratégique avec Yadran, entreprise russe, s’inscrit dans une politique de diversification des partenaires internationaux. Dans un contexte de refroidissement des relations avec certaines puissances occidentales, le Mali se tourne vers des alliés jugés plus ouverts à un transfert de technologie sans ingérence politique.
Avec cette collaboration, les autorités maliennes espèrent acquérir un savoir-faire industriel, tout en gardant le contrôle stratégique de l’outil de production. Une équation délicate, mais assumée par le gouvernement.
Une ambition régionale affirmée
Au-delà du traitement de l’or malien, la future raffinerie vise aussi à devenir un hub régional du raffinage aurifère. Elle pourrait à terme absorber une partie de la production des pays voisins tels que la Guinée, le Burkina Faso ou encore le Niger, positionnant Bamako comme un acteur majeur du raffinage en Afrique de l’Ouest.
Une concrétisation des recommandations de la Refondation
Ce projet emblématique traduit dans les faits les recommandations issues des Assises nationales de la Refondation :
- Augmenter la présence de l’État dans les secteurs stratégiques,
- Encadrer l’exploitation artisanale,
- Créer des unités de transformation locale pour renforcer l’économie nationale.
En somme, la création de la Société de Raffinerie d’Or du Mali n’est pas seulement une décision économique : elle marque un tournant stratégique dans la vision du développement malien — une vision où les ressources nationales servent d’abord les intérêts nationaux.
La rédaction