Le Niger concrétise sa souveraineté linguistique avec le haoussa

par Africadev
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Au Niger, le haoussa devient une langue nationale officielle. Cette décision des autorités trouve sa légalité et sa légitimité dans la charte de la refondation publiée au journal officiel du 31 mars dernier. La nouvelle loi fondamentale relègue les langues étrangères notamment le français en second plan attestant l’engagement des militaires au pouvoir à s’affranchir du joug linguistique.

Une décision juridique et concertée

C’est une continuité des résolutions adoptées lors des assises nationales de février 2025 réunissant acteurs politiques, des acteurs de la société civile et des technocrates. Ces assises ont conduit à l’élaboration de la charte de la refondation, qui en son article 12 officialise la nationalisation de la langue Haoussa.

« Les langues parlées au Niger sont l’Arabe, le Buduma, le Fulfuldé, le Gurmancema, le Hausa, le Kanuri, le Tagdalt, le Tamajaq, le Tassawaq, le Tubu et le Zarma-Sonraî.  La langue nationale est le Hausa. Les langues du travail sont l’Anglais et le Français », stipule l’article.

Pourquoi Haoussa plutôt qu’une autre langue ?

Dans la constitution précédente, les langues de toutes les communautés du Niger avaient,  en toute égalité, le statut de langues nationales. Le français, parlé par 13% de la population, était donc la langue officielle

Le choix du haoussa s’explique notamment par sa forte représentativité : il est parlé par environ 55 % de la population, devant le djerma-sonraï, utilisé par près de 23 % des Nigériens.

Dans les arcanes du pouvoir, on justifie également ce choix  par la volonté du gouvernement du Général Tiani de  favoriser la compréhension mutuelle et le respect d’autrui et contribuer à préserver la richesse du patrimoine culturel et traditionnel enraciné dans toutes les langues du terroir.

Il s’agit simplement d’une décision d’un affranchi qui milite pour un repositionnement politique et culturel, marqué par une prise de distance affirmée vis-à-vis de la Francophonie.

La déconfiture continue pour la France

La décision du Niger de reléguer le français est moins surprenante.  En mars dernier, le Niger, le Burkina Faso et le Mali ont conjointement annoncé leur retrait de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) dont la mission est de promouvoir la « langue française et la diversité culturelle et linguistique », « la paix, la démocratie et les droits de l’homme », ou encore « d’appuyer l’éducation ».

Le Burkina Faso, précurseur en la matière, avait déjà amorcé une réforme linguistique similaire en 2023, en retirant au français son statut de langue officielle. Le Mali n’est pas du reste avec sa charte de la transition.

Selon l’article 31 de la nouvelle constitution issue du référendum 18 juin 2023, les langues nationales sont les langues officielles du Mali et le français est la langue de travail.

Depuis son arrivée au pouvoir, le général Abdourahamane Tiani mène une politique souverainiste. Comme le Mali et le Burkina Faso, elle a rompu ses relations diplomatiques et militaires avec la France, en obtenant notamment le départ des soldats stationnés sur son territoire.

Le Niger a également débaptisé des rues et des monuments de sa capitale, Niamey, aux noms français. Le centre culturel franco-nigérien, qui portait alors le nom du réalisateur et ethnographe français Jean Rouch, a cessé de fonctionner en tant qu’établissement binational. La place de la Francophonie a été renommée « place de l’Alliance des Etats du Sahel ».

La rédaction

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