Dans une décision qui marque un tournant inédit dans les relations diplomatiques entre le Tchad et les États-Unis, le président de transition Mahamat Idriss Déby Itno a ordonné, jeudi, la suspension immédiate de l’octroi de visas aux citoyens américains. Cette mesure est présentée comme une réaction de réciprocité face à des « restrictions injustifiées » imposées récemment par les autorités américaines à l’encontre de ressortissants tchadiens.
« J’ai instruit le gouvernement à agir conformément aux principes de réciprocité et suspendre l’octroi des visas aux citoyens des États-Unis d’Amérique », lit-on sur la page Facebook du Président tchadien
Le ministère des Affaires étrangères tchadien a été instruit de « geler jusqu’à nouvel ordre » la délivrance de visas touristiques, d’affaires et même diplomatiques aux citoyens des États-Unis. Le texte justifie cette mesure par « le traitement inéquitable et discriminatoire infligé aux Tchadiens désirant se rendre sur le sol américain », évoquant notamment des refus massifs de visas sans motifs clairs, et la multiplication des contrôles jugés humiliants dans les consulats américains de la sous-région.
« Le Tchad est un État souverain, respectueux de ses partenaires. Mais nous n’acceptons pas que nos citoyens soient traités avec mépris ou suspicion », a déclaré le président Déby Itno depuis le palais présidentiel.
Des tensions diplomatiques en toile de fond
Cette décision intervient dans un contexte de tensions croissantes entre N’Djamena et Washington, notamment autour des questions de gouvernance démocratique, de sécurité régionale et de coopération militaire. Plusieurs sources diplomatiques affirment que les États-Unis auraient récemment réduit leur aide militaire et critiqué le processus de transition politique en cours au Tchad, le jugeant peu inclusif et marqué par des atteintes aux libertés fondamentales.
La mesure de suspension des visas pourrait avoir des répercussions sur la coopération économique et sécuritaire entre les deux pays. Les États-Unis comptaient parmi les partenaires clés du Tchad dans la lutte contre le terrorisme dans le Sahel, mais les récents développements pourraient entamer cette dynamique.
Un signal fort à l’adresse de l’Occident ?
Pour plusieurs analystes, cette décision traduit la volonté croissante des dirigeants africains de se positionner en interlocuteurs égaux sur la scène internationale, refusant désormais les politiques perçues comme néocoloniales ou unilatérales.
« Le président Déby Itno envoie un signal clair : les temps ont changé. L’Afrique n’est plus disposée à accepter des partenariats déséquilibrés », estime Moussa Yacoub, chercheur tchadien en relations internationales.
La rédaction
