Invité par le journaliste Alain Foka dans le cadre d’une interview exclusive, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a livré une mise au point ferme face aux critiques internationales sur le retard observé dans la tenue des élections dans les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
« Nos pays avanceront à leur rythme »
Interrogé sur l’absence de calendrier électoral clair dans l’espace AES, le chef de la diplomatie malienne a défendu les choix des régimes de transition, insistant sur la nécessité de prioriser la stabilité sécuritaire et institutionnelle. Selon lui, les transitions en cours ne peuvent être réduites à une simple attente d’élections.
« Nos pays avanceront à leur propre rythme, en fonction de l’évolution sur le terrain et de la volonté de nos populations. Il ne faut pas être obsédé par des élections à tout prix », a martelé M. Diop.
Pour étayer son propos, le ministre malien a évoqué le cas de l’Ukraine, en guerre avec la Russie depuis 2022. Il a rappelé que plusieurs dirigeants occidentaux, dont le président Emmanuel Macron, ont soutenu l’idée qu’il n’était pas raisonnable d’imposer des élections à un pays en guerre.
« Le président Macron a lui-même reconnu qu’on ne pouvait pas demander au président ukrainien d’organiser des élections en temps de guerre. Peut-être oublie-t-il que nos pays aussi sont en guerre », a-t-il déclaré, pointant une forme d’injustice et de traitement différencié dans la perception des contextes de crise.
Rejet des pressions extérieures et affirmation de souveraineté
M. Diop a dénoncé ce qu’il considère comme une politique de deux poids, deux mesures, où certains pays sont exemptés d’obligations démocratiques dans des contextes de guerre, tandis que d’autres, notamment en Afrique, subissent une pression constante pour respecter des échéances électorales, indépendamment de leurs réalités.
« Ne nous moquons pas de X ou Y. Certains utilisent les élections comme un moyen de revenir au pouvoir. Nous, nous voulons construire une transition solide, fondée sur les aspirations réelles de nos peuples. »
Le ministre a ainsi réaffirmé la volonté des autorités de transition de mener des réformes structurelles en profondeur avant d’organiser des élections. À ses yeux, précipiter un retour aux urnes sans régler les défis fondamentaux de sécurité, de gouvernance et de légitimité reviendrait à fragiliser davantage les États concernés.
Cette déclaration s’inscrit dans une dynamique plus large d’affirmation de souveraineté des pays de l’AES, qui souhaitent reprendre le contrôle de leur trajectoire politique, en dehors des injonctions venues de l’extérieur. Alors que les partenaires internationaux, notamment européens, continuent de plaider pour un calendrier électoral rapide, la réponse d’Abdoulaye Diop marque une volonté claire. Celle d’écrire l’avenir politique du Sahel selon ses propres priorités.
Adjouavi Domingnon
