La prise de parole de Marguerite Gnakadé à la veille de la marche citoyenne du 30 août bouleverse le paysage politique togolais, mais derrière ses déclarations puissantes résonne un parfum de règlement de compte plus qu’un véritable désir de changement. Si ses mots semblent éveiller les espoirs d’une jeunesse en quête de rupture, l’impact réel de son engagement sur une mobilisation décisive pour un basculement institutionnel est à relativiser : la marche annoncée risque surtout d’obscurcir encore l’image de la démocratie togolaise sur les médias et réseaux sociaux, compromettant les efforts pour la promotion de la « destination Togo » à l’international.
Les dessous d’une mobilisation
Le discours de Mme Gnakadé, ancienne ministre des Armées, fait écho à ceux qui veulent en finir avec la gouvernance actuelle : elle réclame la fin de la peur, de l’injustice et du pouvoir de Faure Gnassingbé, tout en appelant à un retour à la Constitution de 1992 et à la libération des détenus politiques. Mais à y regarder de plus près, son implication s’inscrit dans la lignée des charges portées contre ses anciens collaborateurs après son limogeage, comme en témoigne sa dénonciation virulente de la gestion économique et de la dette publique.
Au lieu de catalyser une transformation nationale, cette énième mobilisation politique, à l’instar de celles de juillet dernier, risque avant tout de ternir l’image démocratique du pays en générant des récits défavorables dans la presse et sur la toile, ce qui renforce le climat de défiance envers les institutions du régime.
Les dangers du clanisme et du clientélisme
L’histoire de Marguerite Gnakadé soulève un problème fondamental : celui des critères de nomination et de gestion des ressources humaines dans les administrations africaines. Trop souvent, les nominations ne reposent pas sur les compétences avérées, mais sur des liens de parenté, d’amitié ou de proximité, ce qui conduit à des enjeux de gouvernance minés par le clanisme et le sentimentalisme. Ces pratiques fragilisent la lutte contre la corruption et altèrent l’efficacité administrative : des proches écartés deviennent les plus virulents opposants, transformant le leadership en terrain d’oppositions personnelles plutôt qu’en espace de construction collective.
C’est pourquoi, à tous les échelons, il est vivement recommandé aux responsables de rompre avec la gestion fondée sur les affinités et les attaches familiales, car elle entrave la dynamique de bonne gouvernance et handicape tout effort de réforme. Lorsque l’on tient entre ses mains la destinée de millions de citoyens, il devient indispensable de privilégier la compétence et l’intégrité, afin d’éviter que des frustrations individuelles ne se transforment en vecteurs de contestation stérile et de désinformation.
La marche du 30 août, marquée par la déclaration de Mme Gnakadé, met avant tout en lumière des failles profondes du mode d’emploi utilisé pour les nominations aux hautes fonctions administratives. Qu’elle mobilise ou non massivement, son effet véritable sera de noircir le tableau de la démocratie dans l’espace médiatique et de rappeler que, sans changement radicale de paradigme des pratiques de nomination et de gestion des ressources humaines, le développement et la cohésion resteront fragiles.
La rédaction
