Dans une atmosphère mondiale déjà marquée par des tensions politiques et des conflits géostratégiques, les récents gestes diplomatiques à l’égard du président par intérim syrien, Ahmed Hussein al-Charaa soulèvent de sérieuses interrogations. Reçu en grande pompe en France, puis « blanchi » progressivement par les États-Unis avec la levée des sanctions économiques, l’homme autrefois qualifié de « terroriste » par l’Occident semble désormais redevenir un acteur fréquentable sur la scène internationale.
Un retournement qui scandalise nombre d’observateurs et pousse à réfléchir sur les rouages d’une géopolitique perverse et à géométrie variable.
Du paria au partenaire : le double jeu occidental
Il n’y a pas si longtemps encore, Ahmed al-Charaa était considéré comme un terroriste. Son histoire commence plus précisément en 2003.
Au commencement de la guerre d’Irak, il quitte la Syrie pour rallier Al-Qaïda en Irak, puis l’État islamique d’Irak. Arrêté par les Américains, il est emprisonné plusieurs années à Abou Ghraib et Camp Bucca. En 2011, au début de la guerre civile syrienne, il regagne son pays sur ordre d’Abou Bakr al-Baghdadi afin d’y étendre le djihad. En 2012, il fonde le Front al-Nosra, qui s’allie aux rebelles et participe activement aux combats contre le régime de Bachar el-Assad.
Accusé de crimes contre l’humanité, responsable d’une guerre civile qui a fait plus de 500 000 morts, et poursuivi par un mandat d’arrêt de l’ONU.
Or, en quelques mois, le vent semble avoir tourné. D’abord invité à Paris, il est aujourd’hui la cible d’un allègement de sanctions économiques de la part de Washington.
« Je vais ordonner la levée des sanctions contre la Syrie afin de leur donner une chance. Les sanctions ont été brutales et écrasantes ; elles ont été très importantes à l’époque mais maintenant, c’est le moment de la Syrie de briller », a déclaré ce mercredi Donald Trump, le président américain à Riyad.
Ce basculement soudain n’a rien d’anodin. Il s’inscrit dans une logique de Realpolitik où les principes cèdent la place aux intérêts. Mais à quel prix ?
Utilisation stratégique des « terroristes » : une vieille recette coloniale ?
La situation interpelle particulièrement sur le continent africain. Beaucoup y voient une démonstration flagrante d’un schéma bien connu : la fabrication, puis la manipulation de figures « terroristes » pour justifier des ingérences, installer des bases militaires, ou encore piller les ressources naturelles.
Pour certains intellectuels africains, ce scénario n’est pas nouveau. Il s’agit d’une stratégie bien huilée : on diabolise, on isole, puis on recycle – à condition que l’ancienne « menace » serve désormais des intérêts stratégiques occidentaux.
Et l’Afrique dans tout ça ?
Cette affaire syrienne devrait servir d’alerte. Car trop souvent, les puissances étrangères ont utilisé la menace du terrorisme comme cheval de Troie pour justifier leur présence dans des zones riches en ressources naturelles : or, uranium, pétrole ou lithium.
Plusieurs analystes africains avertissent : « Si les Africains ne comprennent pas ce schéma maintenant, il sera trop tard. Le terrorisme n’est pas toujours ce qu’on nous fait croire. Il peut être un outil déguisé d’occupation et de manipulation. »
Vers une prise de conscience africaine ?
De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer cette hypocrisie diplomatique. Des mouvements citoyens, des intellectuels, des artistes et même certains gouvernements commencent à poser les bonnes questions :
- Pourquoi certains terroristes deviennent-ils fréquentables du jour au lendemain ?
- Qui finance réellement certaines milices armées sur le continent ?
- Quels intérêts servent ces déstabilisations en chaîne ?
Il est peut-être temps que les peuples africains cessent de consommer passivement l’information officielle venue de l’extérieur, et commencent à produire une analyse souveraine de leur géopolitique.
A l’arrivée, l’on peut avouer sans se tromper que ce qui se joue en Syrie aujourd’hui est un miroir tendu à l’Afrique. Il ne s’agit pas d’un simple retournement diplomatique, mais d’une démonstration éclatante que la vérité en géopolitique n’est jamais fixe. Elle est affaire d’intérêts. Et quand ces intérêts coïncident avec la déstabilisation de régions entières, il devient vital de garder les yeux ouverts, de questionner les récits dominants, et surtout d’apprendre à penser stratégiquement.
La rédaction
