Belem Oumar Thomson : la figure montante de l’Afrique par qui la vérité éclate sur le coup d’Etat en Guinée Bissau

par Africadev
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Au fil de la crise en Guinée Bissau, Belem Oumar Thomson s’impose comme bien plus qu’un simple commentateur : il apparaît comme l’un des nouveaux visages de l’Afrique qui compte, une génération d’acteurs non étatiques capables d’influer sur la perception des crises et, parfois, sur leur résolution. Sa parole, relayée de Lomé à Bissau, écoutée dans les chancelleries comme dans les médias, témoigne d’un capital de confiance rare, bâti sur l’expertise, la présence de terrain et un réseau relationnel étendu au plus haut niveau de l’État.

À l’heure où le continent est pris entre le marteau des coups de force militaires et l’enclume des manipulations institutionnelles, des voix comme celle de Thomson deviennent essentielles pour démêler le vrai du faux, le factuel du narratif. En brisant le confort d’une version “spectaculaire mais faussement simple” de la crise bissau-guinéenne, Belem Oumar Thomson s’impose, pour beaucoup, comme celui par qui la vérité a commencé à éclater au grand jour et comme l’une des figures montantes d’une Afrique qui refuse de se laisser raconter son propre destin par la rumeur.

Quand la rumeur étouffe la vérité

Au lendemain du renversement du président Umaro Sissoco Embaló, un récit séduisant mais simpliste a rapidement dominé les réseaux sociaux et une partie des médias : celui d’un “auto-coup d’État”, où le “président bling-bling” aurait lui-même orchestré sa chute pour verrouiller le pouvoir au profit de ses proches et empêcher l’opposition de capitaliser sur une supposée victoire. L’idée, spectaculaire, a trouvé un écho d’autant plus fort qu’elle a semblé recevoir le soutien implicite ou explicite de certaines figures de la région, nourrissant l’indignation d’une opinion africaine déjà méfiante à l’égard des dérives autoritaires.

Ce récit, relayé à grande vitesse, présente Embaló comme l’ingénieur cynique d’un scénario dont il serait à la fois l’auteur et la victime, brouillant ainsi la frontière entre coup d’État militaire et manipulation institutionnelle. Dans un contexte où la confiance envers les institutions électorales est fragile, cette version s’est imposée d’abord par son pouvoir émotionnel plus que par la solidité de ses preuves.

La voix d’un témoin oculaire

C’est précisément là que se détache la figure de Belem Oumar Thomson. Présent physiquement en Guinée-Bissau au moment des événements, entretiens directs à l’appui, relations fraternelles avec le président déchu, il ne parle pas de loin : il parle de l’intérieur. Son témoignage tranche avec la rumeur : selon lui, il ne s’agit nullement d’un auto-coup, mais d’un véritable coup d’État militaire, avec un projet initial d’élimination physique du chef de l’État que le CEMGA aurait refusé de cautionner.

Thomson affirme que Sissoko Embaló avait effectivement remporté les élections, et que c’est au contraire une partie de l’opposition qui aurait tenté de s’emparer des résultats que la commission électorale s’apprêtait à rendre publics. En rétablissant cette chronologie, il renverse la charge de la preuve : le camp accusé de manipulation serait, selon lui, celui qui tentait d’arracher la décision des urnes, et non le président renversé.

Un observateur au-dessus de la mêlée

Si la parole de Belem Oumar Thomson pèse, ce n’est pas uniquement parce qu’il se trouvait sur le terrain au moment des faits, mais aussi parce qu’elle s’inscrit dans un parcours d’observateur électoral déjà reconnu en Afrique. En tant que président de l’Institut Africa Solidarité, il s’est imposé au fil des années comme l’un des observateurs les plus crédibles du continent, habitué aux missions sensibles, aux contextes tendus et aux transitions fragiles.

Sa proximité assumée avec plusieurs chefs d’État africains, loin de le discréditer, renforce paradoxalement sa centralité dans les dispositifs de médiation et d’observation politique. Parce qu’il connaît personnellement de nombreux dirigeants, il sait lire les non-dits, mesurer les risques, et surtout, il prend un risque réel pour sa propre réputation lorsqu’il choisit de parler à contre-courant du récit dominant.

Face aux géants de la diplomatie régionale

Le récit de Thomson vient aussi répondre, en filigrane, à l’attitude de certains acteurs de la région, notamment l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan, figure respectée des processus électoraux en Afrique de l’Ouest. Celui-ci a publiquement interpellé la CEDEAO sur la nécessité de publier rapidement les résultats, laissant entendre que le flou entourant les chiffres alimentait la suspicion et le chaos.

Thomson, lui, ne se contente pas d’appels généraux à la transparence : il avance des faits précis sur ce qu’il a vu, entendu et compris sur le terrain. Il évoque même, selon certains récits, une crispation personnelle de Jonathan après ne pas avoir été reçu par Embaló, ajoutant une dimension humaine et politique aux tensions institutionnelles.

Le scandale du jet privé, un révélateur

Comme si la scène n’était pas encore assez explosive, l’affaire des près de cinq millions d’euros saisis dans un jet privé à Lisbonne, en provenance de Bissau, avec à bord l’épouse du président déchu, a ajouté une couche de suspicion et de sensationnalisme à la crise. Les autorités portugaises ont ouvert une enquête, évoquant des soupçons de blanchiment et de flux financiers obscurs, tandis que les partisans du président renversé dénoncent une instrumentalisation politique de cette affaire.

Dans ce climat saturé d’accusations, d’images spectaculaires et de procès médiatiques, la posture de Thomson se distingue par une constante : ramener le débat au cœur du sujet, à savoir la qualification exacte des faits survenus à Bissau – coup d’État militaire ou mise en scène politique. En rappelant que des militaires ont pris le pouvoir, suspendu le processus, et cherché à neutraliser le président, il insiste sur la gravité d’un précédent qui menace toute la région. Il dénonce aussi la cabale médiatique qui serait lancé par les actuels hommes forts de la guinée bissau, de l’ex opposition et du Portugal contre le Président Sissoko Embaló.

Adjouavi Domingnon

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