La passation de charge entre Patrice Talon et Romuald Wadagni, tenue le 24 mai, a offert au Bénin une image forte et émouvante de l’alternance démocratique. Sur la place publique et dans l’opinion, on a lu la même chose : le soulagement d’un peuple qui voit ses institutions fonctionner, la dignité d’un président sortant respectant la règle républicaine, et la détermination d’un président entrant prêt à écrire un nouveau chapitre.
L’émotion était palpable. Les poignées de main, les regards, les silences respectueux. Tout contribuait à faire de cette passation un moment solennel et presque intime, malgré l’ampleur nationale de l’événement. Ce visage humain de la politique rappelle que derrière les postures et les controverses se tiennent des individus qui acceptent de céder la place pour le bien commun. La scène a eu une beauté simple mais rare d’une alternance qui se vit sans violence ni chaos : une alternance maîtrisée, républicaine, désormais familière au Bénin.
Dans bien des pays d’Afrique, des citoyens de 50 ans n’ont jamais connu deux présidents. Le contraste est saisissant : alors que la région peine parfois à voir tourner les pages du pouvoir, le Bénin, lui, cultive une tradition de renouvellement. En montrant publiquement et solennellement la transmission de l’autorité, le pays envoie un message clair : il existe une ligne rouge : celle de l’alternance qui ne doit pas être effacée, quelles que soient les disputes politiques. C’est une marque de maturité démocratique, un garde-fou contre l’entêtement du pouvoir personnel.
Le contexte régional amplifie encore la portée symbolique de l’événement. Dans une sous-région où l’alternance reste souvent une denrée rare, la passation du 24 mai projette l’image d’un Bénin où la démocratie a tenu ses promesses depuis l’avènement du renouveau démocratique en 1990. Quatre anciens présidents se sont déjà succédé ; Romuald Wadagni devient le cinquième. Trois d’entre eux sont encore en vie, vivant tranquillement, preuve concrète qu’il est possible de quitter le pouvoir sans craindre poursuites ou représailles, et de conserver sa dignité et sa liberté. Cette réalité renforce l’exemple béninois : transmettre le pouvoir n’est pas synonyme de punition, mais d’acceptation collective d’un contrat républicain.
Romuald Wadagni arrive à la tête de l’État avec un profil qui inspire confiance et de fortes attentes. Économiste de formation, reconnu pour sa rigueur, sa connaissance des dossiers financiers et son expérience à la tête du ministère de l’Économie dans les dernières années, il présente déjà des qualités qui laissent entrevoir une gouvernance pragmatique et performante. Sa capacité à dialoguer avec les partenaires internationaux, sa réputation de gestionnaire sérieux et sa jeunesse politique par rapport à certains prédécesseurs lui donnent un capital d’espérance. Beaucoup le voient déjà bien parti pour marquer d’une empreinte durable la présidence béninoise, avec la promesse d’améliorer les performances économiques, de renforcer la transparence et d’approfondir les réformes institutionnelles.
Cet épisode de transmission pacifique et solennelle doit être lu comme un rappel et une leçon pour la sous-région : la démocratie n’est pas seulement des élections, c’est la capacité à accepter la relève, à préserver les règles, et à placer l’intérêt public au-dessus des ambitions personnelles. Le Bénin, par cette passation, confirme qu’il garde intacte sa vocation républicaine. Il offre une image d’espoir, celle d’une nation où l’alternance n’a jamais manqué à l’appel depuis 1990. Il est donc possible de partir, de revenir à la vie civile, et de laisser à d’autres la responsabilité de conduire le pays.
La journée du 24 mai 2026 restera comme une de ces dates où la réalité politique dépasse la rhétorique : dans la simplicité de gestes respectueux et la solennité des discours, le Bénin a rappelé que l’alternance est une valeur protectrice, non négociable. Et avec Romuald Wadagni, le pays bénéficie non seulement un continuateur, mais un espoir renouvelé de progrès et d’efficacité gouvernementale.
Didier Nourdeen Alohou
