Le président ghanéen John Dramani Mahama a lancé un appel vibrant aux investisseurs internationaux, les invitant à intensifier l’exploitation du pétrole brut au Ghana, alors que le pays fait face à une chute continue de sa production et à la montée inexorable des énergies renouvelables.
Intervenant lors du panel intitulé « Pétrole et énergies renouvelables, un double pari pour l’avenir du Ghana », tenu en marge de l’Africa CEO Forum à Abidjan, M. Mahama n’a pas mâché ses mots : « Le pétrole est en transition. Tous ceux qui possèdent des actifs doivent pomper comme s’il n’y avait pas de lendemain. »
Un cri d’alarme économique
Le président a exprimé ses inquiétudes quant au retard pris par son pays dans l’exploitation de ses réserves pétrolières offshore. Il a souligné que le Ghana risquait de laisser des milliards de barils inexploités si les investissements et les forages ne sont pas rapidement relancés.
« Je déroulerai le tapis rouge à quiconque souhaite forer et produire du pétrole, car dans une ou deux décennies, le monde aura basculé vers les énergies renouvelables », a-t-il insisté, appelant à une mobilisation urgente des capitaux et des technologies.
Une industrie en déclin
Selon les chiffres du Comité d’intérêt public et de responsabilité (PIAC), la production de pétrole brut au Ghana est passée de 71,44 millions de barils en 2019 à seulement 48,25 millions en 2023. Une chute attribuée à la baisse des investissements dans de nouveaux puits et à un climat réglementaire jugé dissuasif par de nombreux acteurs.
M. Mahama a pointé du doigt les décisions de l’administration précédente, dirigée par Nana Akufo-Addo, accusée d’avoir paralysé l’exploration pétrolière à cause de lourdeurs administratives et de conflits avec des partenaires majeurs, notamment Tullow Oil et l’italienne ENI. « Il y a eu beaucoup de désinvestissements, et l’ancien gouvernement a eu des querelles avec Tullow, qui a dû recourir à l’arbitrage et a gagné », a rappelé le président.
Entre pétrole et transition verte
Si M. Mahama plaide pour une intensification rapide de la production pétrolière, il n’en oublie pas pour autant les engagements environnementaux du pays. « Il ne s’agit pas d’opposer pétrole et énergies renouvelables, mais de faire les deux intelligemment. Le Ghana doit tirer parti de ses ressources tant qu’il est encore temps, tout en préparant activement la transition énergétique », a-t-il affirmé.
Le Ghana dispose actuellement de plusieurs gisements offshore majeurs, notamment le champ Jubilee, exploité par Tullow Oil, ainsi que les champs TEN et Sankofa, partagés entre des acteurs comme Kosmos Energy (États-Unis), PetroSA (Afrique du Sud) et ENI.
Avec cet appel solennel, M. Mahama espère non seulement relancer un secteur en déclin, mais aussi repositionner le Ghana comme une destination attractive pour les investissements énergétiques, dans une course contre la montre dictée par l’évolution du marché mondial.
La rédaction
