Togo, formation du nouveau gouvernement : Possible   come-back de figures écartées ?

par Africadev
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Le Togo a désormais franchi le seuil de la Cinquième République. Depuis la promulgation de la nouvelle Constitution le 6 mai 2024, le pays est entré de plain-pied dans une ère institutionnelle inédite, marquée par la prééminence du Président du Conseil des ministres (PCM), désormais détenteur de l’essentiel du pouvoir exécutif. Tous les regards sont aujourd’hui tournés vers Faure Gnassingbé, qui occupe cette fonction stratégique, tandis que la population et les observateurs nationaux et internationaux restent suspendus à ses lèvres quant à la formation d’un nouveau gouvernent.

Mais alors que la Ve République s’installe, les cercles politiques bruissent de rumeurs sur d’éventuels grands retours au sommet de l’État. Beaucoup d’analystes s’attendent à voir réapparaître sur le devant de la scène certains grands commis de l’État et du parti au pouvoir, longtemps relégués à l’arrière-plan pour diverses raisons. Parmi eux, plusieurs ont fait preuve, ces dernières années, d’une loyauté sans faille envers la nation et le parti, acceptant de payer leur dette à la société et de se tenir à l’écart sans jamais rompre le lien avec le pouvoir.

Pascal Bodjona, symbole d’un possible come-back

Parmi ces figures, Pascal Bodjona incarne sans doute le destin le plus emblématique. Ancien directeur de cabinet de la présidence, puis ministre de l’Administration territoriale, Bodjona fut l’un des piliers du régime dans les années 2000, réputé pour son charisme, son sens du dialogue et sa capacité à manœuvrer dans les arcanes du pouvoir. Sa disgrâce en 2012, sur fond d’affaire judiciaire, avait été interprétée par beaucoup comme une purge politique. Mais loin de disparaître, Bodjona a su rester présent dans les esprits, son nom revenant régulièrement dans les discussions politiques de Lomé à Kara.

La surprise fut donc relative lorsqu’il a été rappelé au sommet de l’État : depuis décembre 2023, Pascal Bodjona occupe le poste de conseiller spécial chargé des affaires politiques auprès de Faure Gnassingbé. Cette nomination, révélée début 2024, a été perçue comme un signal fort : le régime n’hésite pas à réintégrer des figures expérimentées, capables de jouer un rôle de médiateur dans un contexte institutionnel transformé et parfois tendu.

D’autres anciens cadres en embuscade

Pascal Bodjona n’est pas un cas isolé. D’autres anciens dignitaires du régime, tels qu’Elliott Ohin, Komlan Mally, Drama Dramani, Francisco Olympio ou Léopold Gnininvi, bien que marginalisés à un moment ou à un autre, disposent encore d’un capital politique et d’un savoir-faire susceptibles d’être mobilisés. Leur expérience de la gestion des crises, de la négociation et du compromis pourrait s’avérer précieuse dans une République qui se veut plus inclusive et moins centralisée.

Loyauté et réinvention : les conditions du retour

Le retour de ces serviteurs de l’État n’est toutefois ni automatique ni garanti. Il dépendra de la volonté politique du PCM, de l’ouverture des nouvelles institutions à la diversité des profils, mais aussi de la capacité des intéressés à se réinventer et à incarner une vision modernisée du service public. Beaucoup parmi eux ont déjà montré leur attachement à la nation et au parti, acceptant leur mise à l’écart sans rupture ni défiance ouverte.

Dans ce contexte, Pascal Bodjona apparaît comme l’un de ceux qui pourraient à nouveau bénéficier de la confiance du Président du Conseil des ministres, qu’il a servi loyalement par le passé. Son retour progressif dans les cercles du pouvoir, son expertise du dialogue politique et sa connaissance aiguë des équilibres régionaux pourraient en faire un acteur clé de la Ve République, à condition de s’inscrire dans l’esprit de réforme et de renouvellement attendu par la société togolaise.

Entre mémoire et avenir

La Cinquième République togolaise ne sera pas seulement une affaire de nouveaux visages. Elle pourrait aussi s’appuyer sur la sagesse, l’expérience et les leçons, bonnes ou mauvaises, de ceux qui ont contribué à bâtir l’État contemporain. Dans cette nouvelle page de l’histoire nationale, le retour de certains serviteurs oubliés, à l’image de Pascal Bodjona, pourrait bien peser sur l’équilibre du pouvoir et la réussite du nouveau projet institutionnel.

La rédaction

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