La crise diplomatique qui oppose le Niger et le Bénin a franchi un nouveau palier depuis les déclarations du général Abdourahamane Tiani, président de la transition nigérienne, accusant ouvertement le Bénin d’abriter des groupes djihadistes et de servir de base arrière à des troupes françaises supposées déstabiliser le Niger. Ces accusations, déjà récurrentes depuis le coup d’État de 2023, ont été fermement rejetées par Cotonou, qui les juge « inacceptables et injustes », tout en réaffirmant son engagement dans la lutte contre le terrorisme et sa volonté de coopération régionale.
Escalade des tensions et blocage diplomatique
Malgré les appels béninois à l’apaisement et à la reprise du dialogue, Niamey campe sur ses positions, maintenant la fermeture de la frontière et conditionnant toute normalisation à la rupture de la coopération militaire entre le Bénin et la France. Cette posture intransigeante a des conséquences économiques et sécuritaires majeures, notamment pour les échanges transfrontaliers et l’exportation du pétrole nigérien via le port béninois. Les tentatives de médiation par d’anciens chefs d’État béninois, comme Nicéphore Soglo et Boni Yayi, n’ont pas permis de lever le blocage, le régime nigérien continuant d’exiger le départ des forces françaises du Bénin comme préalable à toute avancée.
Un climat régional délétère
Cette crise s’inscrit dans un contexte régional marqué par la montée du terrorisme, la recomposition des alliances militaires (notamment avec la création de l’Alliance des États du Sahel AES) et une défiance croissante envers la CEDEAO, dont le Bénin reste un membre actif. La fragmentation des relations diplomatiques en Afrique de l’Ouest fragilise la lutte contre les groupes armés et complique la coordination des politiques de sécurité.
L’Union africaine, un acteur indispensable pour la médiation
Face à l’impasse actuelle et à la persistance des tensions, il devient impératif que l’Union africaine (UA) s’empare pleinement de ce dossier et joue un rôle moteur dans la médiation entre le Niger et le Bénin. L’UA dispose d’un mandat clair pour la prévention, la gestion et la résolution des conflits sur le continent, via son Conseil de paix et de sécurité et son Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA). La médiation, en tant que mécanisme privilégié de règlement pacifique des différends, permet à une tierce partie impartiale d’aider les parties à trouver un accord mutuellement acceptable, tout en préservant la souveraineté et la dignité de chaque État.
La réussite de nombreuses médiations africaines, sous l’égide de l’UA, montre la pertinence de cette approche, notamment lorsque les canaux bilatéraux sont rompus ou inefficaces. L’UA, en collaboration avec les organisations sous-régionales et les partenaires internationaux, peut offrir un cadre neutre, inclusif et crédible pour restaurer la confiance, désamorcer les tensions et promouvoir une solution durable au bénéfice des populations des deux pays et de la stabilité régionale.
Un appel à l’action continentale
La crise entre le Niger et le Bénin ne peut être résolue durablement sans une médiation structurée, menée par une institution reconnue pour sa neutralité et son expertise en matière de gestion des conflits. L’Union africaine doit saisir cette opportunité pour réaffirmer son leadership en matière de paix et de sécurité, et démontrer qu’une Afrique unie et solidaire est capable de surmonter ses divisions internes. Plus que jamais, la stabilité de l’Afrique de l’Ouest dépendra de la capacité des institutions continentales à favoriser le dialogue, la coopération et la réconciliation entre ses États membres.
La rédaction
