La démocratie africaine est à nouveau confrontée à un paradoxe insupportable : alors qu’un président ivoirien s’apprête à briguer un quatrième mandat, un virage clair vers la dérive autoritaire, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la France et les États-Unis semblent avoir perdu leur langue, leur engagement, et simplement leur volonté d’agir.
La CEDEAO, incapable de faire respecter ses propres principes
L’organisation régionale, censée être le garant de la paix, de la démocratie et de la stabilité en Afrique de l’Ouest, brille par son silence embarrassant. Pas un mot public ni condamnation claire contre la candidature d’Alassane Ouattara, alors même que cette démarche défie ouvertement la limite constitutionnelle au nombre de mandats. Cette absence de réaction n’est pas seulement une faute politique, elle est une trahison des valeurs démocratiques que la CEDEAO prétend défendre.
En adoptant une posture prudente voire complaisante, la CEDEAO donne un signal désastreux à toutes les démocraties de la région : la règle constitutionnelle est une option qu’on peut contourner quand le pouvoir en place le décide. Ce double langage ajoute au cynisme des régimes autoritaires et nourrit les frustrations populaires, avec le risque grandissant d’instabilité et de violences.
La France et les États-Unis : complices par silence
Du côté de la France et des États-Unis, parrains historiques du pays, c’est un mutisme tout aussi coupable qui domine. Face à une situation aux enjeux majeurs pour la stabilité de l’Afrique de l’Ouest, les gouvernements occidentaux gardent un silence embarrassé, ne prononçant pas une critique ferme contre ce qui apparaît comme un glissement autoritaire manifeste.
Ce silence, lourd de conséquences, est perçu par beaucoup comme un soutien implicite. Il alimente la désillusion des populations africaines qui, aujourd’hui, doutent de la sincérité des engagements en faveur de la démocratie et des droits humains. Aux yeux des peuples, la défense démocratique ne serait plus qu’un slogan, sacrifié sur l’autel d’intérêts géopolitiques et économiques.
Une posture dangereuse face aux aspirations populaires
Alors que la jeunesse africaine manifeste sa colère sur les réseaux sociaux, exiger la vérité et la justice, l’absence d’une réaction ferme des institutions et partenaires creuse l’inquiétude. Ce refus d’appeler un chat un chat risque de nourrir la radicalisation, la fragmentation sociale, voire l’instabilité.
Les mandats présidentiels ne sont pas un simple détail juridique : ils sont un pilier de la démocratie. En fermant les yeux dès que ce principe fondamental est bafoué, la CEDEAO n’envoie pas seulement un mauvais signal politique. Ils trahissent ceux qui croient encore en un avenir démocratique sérieux.
Face à cette situation, il est urgent que la CEDEAO assume enfin son rôle véritable de protectrice de la démocratie.
Adjouavi Domingnon
