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par Africadev
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Ali Mahaman Lamine Zeine : Un pilier important de la résilience nigérienne

Seul Premier Ministre maintenu en poste dans les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) depuis l’arrivée au pouvoir des Chefs d’Etats des pays membres, Ali Mahaman Lamine Zeine incarne, au Niger, le visage d’un projet de souveraineté économique et politique entamé il y a plus de deux décennies mais interrompu en 2010. Nommé le 7 août 2023 par le Président Abdourahamane TIANI, il est toujours à la tête du gouvernement, tandis que le Mali et le Burkina Faso ont, eux, changé de Premier ministre en cours de transition.

Un technocrate du sérail, rodé aux pièges de la finance internationale

Économiste de formation, Ali Mahaman Lamine Zeine est un pur produit de l’administration nigérienne et des institutions financières internationales. Entré au ministère de l’Économie et des Finances en 1991, il gravit rapidement les échelons avant d’être nommé ministre des Finances sous le président Mamadou Tandja, poste qu’il occupe jusqu’au coup d’État de 2010. Il fut également représentant résident de la Banque africaine de développement (BAD) dans plusieurs.

Ce parcours fait de lui un homme qui connaît les arcanes des budgets, de la dette et des conditionnalités des bailleurs. Habitué aux négociations avec le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et la BAD, il a appris à manœuvrer dans ce qu’on peut qualifier de « pièges des institutions de Bretton Woods » : conditionnalités malveillantes, surveillance budgétaire, réformes structurelles imposées etc.

C’est précisément cette expertise qui explique, en partie, sa longévité. Dans un contexte de sanctions économiques et financières sans précédent imposées par la CEDEAO et l’UEMOA après le 26 juillet 2023, le Niger avait besoin d’un gestionnaire capable de tenir les comptes de l’État, de garantir le paiement des salaires, des bourses et des prestations sociales, et de négocier de nouveaux appuis financiers en dehors des circuits traditionnels.

Sous sa supervision, Niamey a conclu avec le FMI une septième revue du programme FEC et obtenu une prolongation d’un an du programme économique, tout en demandant une assistance technique pour renforcer la gouvernance, notamment dans le secteur pétrolier. Ces accords ont permis au pays de maintenir une croissance économique soutenue (plus de 8% en 2024 selon le FMI) malgré l’embargo.

Un engagement souverainiste ancien, hérité de l’ère Tandja

Pourtant, réduire la longévité de Lamine Zeine à ses seules compétences technocratiques serait une erreur. Son maintien s’explique aussi par un engagement politique et idéologique de longue date en faveur de la souveraineté économique et politique du Niger, un engagement qui remonte à son passage au gouvernement sous Mamadou Tandja.

Dès les années 2000, sous Tandja, le discours officiel nigérien évoquait déjà les risques de « recolonisation » par la dette et les conditionnalités des bailleurs, et appelait à un refus des ingérences extérieures dans les choix de développement du pays. Lamine Zeine, alors ministre des Finances, est l’un des artisans des réformes visant à renforcer la souveraineté budgétaire et fiscale du Niger, ainsi que de la révision du code minier pour mieux contrôler les ressources stratégiques (uranium, pétrole, or)

Il porte également, à cette époque, une vision du développement centrée sur l’agriculture comme fer de lance de la croissance, avec des programmes de modernisation du monde rural, de sécurisation foncière et de transformation locale des productions. Cette orientation tranche avec les modèles d’ajustement structurel qui privilégiaient souvent les secteurs extractifs au détriment de l’économie paysanne.

Quand le général Tiani fait appel à lui au lendemain du 26 juillet 2023, il ne choisit donc pas seulement un gestionnaire compétent : il choisit un homme dont le parcours et les convictions épousent le projet de « refondation souverainiste » porté par le CNSP. Dans un contexte de tensions extrêmes avec les impérialistes et la CEDEAO, le Président Tiani avait besoin d’un Premier ministre capable de tenir tête aux pressions extérieures tout en garantissant la stabilité intérieure.

Un pilote de la résistance aux sanctions et de la refondation économique

Dès sa nomination, Lamine Zeine assume pleinement ce double rôle. Dans une interview accordée en août 2023, il déclare que les sanctions imposées au Niger constituent un « défi injuste », mais qu’elles peuvent être « surmontées » grâce à la résilience des populations et à une gestion rigoureuse des ressources. Un an plus tard, lors du premier anniversaire du CNSP, il dresse un bilan positif de l’action gouvernementale, soulignant que le Niger a réussi à gérer la sécurité, le paiement des salaires et des bourses, et l’approvisionnement en denrées de base, « sans aide extérieure » et « en dépit des sanctions de la CEDEAO »

À la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2025 puis en septembre 2026,  l’engagement sans faille du Premier Ministre Ali Mahaman Lamine Zeine en faveur de la lutte anti impérialiste  s’est fait remarquer davantage  par des phrases devenues célèbres qu’il a martelées : « Notre Sahel est en guerre de libération contre une conspiration visant sa recolonisation » ; « Ce que d’aucuns appellent terrorisme dans notre région est une ingénierie cynique de recolonisation habillée des oripeaux de l’extrémisme, mais dont la motivation réelle se trouve dans la convoitise d’importantes ressources qu’Allah a mises dans nos sous‑sols » ; « La souveraineté de nos États n’est pas négociable, nos ressources appartiennent à nos peuples, notre avenir ne se décidera plus ailleurs » ; et encore : « Un peuple qui a décidé d’être libre ne peut être recolonisé ni par la peur, ni par la ruse, ni même par la violence sauvage ».Ces phrases, prononcées devant la communauté internationale, confirment que sa longévité ne tient pas seulement à sa maîtrise des dossiers budgétaires et de la dette, mais aussi à un engagement idéologique clair : faire du Niger, et plus largement du Sahel de l’AES, un espace de souveraineté politique, économique et stratégique, affranchi des tutelles extérieures et des anciennes puissances coloniales.

Adjouavi Domingnon

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