Ouagadougou exige la vérité sur la mort suspecte d’Alain Christophe Traoré à Abidjan

par Africadev
A+A-
Réinitialiser

Alain Christophe Traoré, plus connu sous le pseudonyme Alino Faso, a été retrouvé mort, pendu dans sa cellule, le jeudi 24 juillet 2025 à l’école de gendarmerie d’Abidjan. Âgé de 44 ans, cet activiste burkinabè, influent sur les réseaux sociaux et fervent soutien des autorités de transition de Ouagadougou, avait été arrêté en janvier dernier par les autorités ivoiriennes. Il était poursuivi pour espionnage, complot contre l’autorité de l’État, collecte illégale d’informations et diffusion de fausses nouvelles.

Dans un communiqué officiel publié le 27 juillet, le procureur de la République de Côte d’Ivoire, Oumar Braman Koné, a affirmé que le détenu s’était donné la mort en se pendant à l’aide d’un drap de lit, après avoir tenté de s’ouvrir les veines du poignet gauche à l’aide d’un objet en plastique taillé. Une autopsie préliminaire réalisée par un médecin légiste ivoirien a confirmé la thèse du suicide, d’après les autorités locales.

L’annonce tardive, près de 72 heures après les faits, et la manière dont elle a été rendue publique, ont cependant suscité la colère et l’indignation à Ouagadougou.

 Réaction ferme du gouvernement burkinabè

Dans un communiqué officiel du ministère des Affaires étrangères, les autorités burkinabè ont rejeté la version ivoirienne et évoqué un possible « assassinat politique ». Le gouvernement dit n’avoir reçu aucune notification officielle du décès, ni de la part des autorités ivoiriennes, ni via les canaux diplomatiques habituels.

« Le peuple burkinabè exige que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Rien ne saurait justifier le silence et l’opacité dans la gestion d’un dossier aussi grave », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean‑Marie Traoré.

Le gouvernement a exigé le rapatriement immédiat de la dépouille pour permettre une autopsie indépendante, ainsi que des obsèques nationales dignes pour celui qu’il qualifie de « patriote injustement persécuté ».

Un climat diplomatique tendu

Cette affaire survient dans un contexte déjà délicat entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, marqué par des tensions autour des questions de sécurité régionale et de gouvernance. Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré en 2022, les relations entre les deux États voisins se sont nettement refroidies.

Alain Traoré, naturalisé ivoirien dans les années 2010 avant de perdre sa nationalité, était revenu vivre à Abidjan après avoir dirigé un restaurant. Malgré ses activités économiques, il restait très engagé politiquement, notamment via ses vidéos en ligne critiques de l’opposition burkinabè et favorables à la junte au pouvoir à Ouagadougou.

 Vers une enquête internationale ?

Des voix de la société civile, au Burkina Faso comme dans la diaspora, appellent à la mise en place d’une commission d’enquête internationale indépendante pour faire toute la lumière sur les circonstances exactes du décès.

L’opposition burkinabè, bien que prudente dans ses déclarations, a exprimé des réserves sur la version ivoirienne, réclamant également des garanties sur la transparence des investigations.

La mort de Alino Faso constitue un nouveau point de crispation dans les relations sous-régionales en Afrique de l’Ouest. Elle soulève des interrogations légitimes sur les droits des détenus, les procédures diplomatiques et le traitement des opposants politiques en exil.

Pour l’heure, Ouagadougou exige des réponses. L’opinion publique, quant à elle, attend avec anxiété que la vérité émerge dans une affaire où les versions divergent et les tensions montent.

La rédaction

À lire ensuite

Laisser un avis

-
00:00
00:00
Update Required Flash plugin
-
00:00
00:00