Dans un entretien accordé à un média russe, Bakary Yaou Sangaré, ministre des Affaires étrangères du Niger, a exprimé des positions fermes sur l’adhésion dans l’Alliance des États du Sahel (AES). Créée en 2023 par le Niger, le Mali et le Burkina Faso, cette confédération repose sur plusieurs piliers fondamentaux : la souveraineté, défense, la sécurité, la diplomatie solidaire et le développement. Elle se veut un modèle d’intégration régionale basé sur la souveraineté et l’autonomie, en rupture avec les influences extérieures jugées néfastes.
Une ouverture sélective à de nouveaux membres
L’AES suscite l’intérêt croissant de plusieurs pays africains. Certains ont même déjà exprimé leur désir de rejoindre cette alliance stratégique comme membres observateurs. Cependant, Bakary Yaou Sangaré a souligné que l’adhésion à l’AES n’est pas ouverte à tous. « Nous n’avons pas fait l’AES pour nous trois uniquement ; d’autres pays peuvent adhérer. Mais il faudrait être sûr qu’ils ne sont pas sous domination occidentale. Nous ne voulons pas être infiltrés », va-t-il déclaré en substance.
Cette méfiance envers les régimes perçus comme alignés sur les intérêts occidentaux découle des expériences passées dans la région. Les dirigeants de l’AES estiment que certaines puissances extérieures pourraient chercher à saboter leur projet en infiltrant des États membres pour affaiblir l’alliance de l’intérieur.
Une réponse aux défis sécuritaires et géopolitiques
L’AES s’est constituée dans un contexte de tensions avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) et d’autres organisations internationales. Les sanctions économiques et les menaces d’intervention militaire ont poussé le Niger, le Mali et le Burkina Faso à chercher une alternative souverainiste. L’alliance commence par s’imposée comme un acteur régional majeur, avec des initiatives telles que la création d’une force militaire conjointe de 5 000 soldats pour lutter contre le terrorisme.
En outre, l’AES a renforcé ses partenariats stratégiques avec des pays comme la Russie, qui fournit une assistance militaire et technique dans la lutte contre les groupes terroristes.] Cette coopération reflète une volonté claire de diversifier les alliances internationales tout en réduisant la dépendance aux anciennes puissances coloniales.
Une vision pour un avenir panafricain
Loin d’être une simple réaction aux crises actuelles, l’AES se positionne comme un projet ambitieux pour redéfinir les relations intra-africaines. Elle envisage des initiatives telles qu’une monnaie commune, une banque d’investissement régionale et une intégration culturelle renforcée. Ces projets visent à consolider la souveraineté économique et politique des États membres tout en offrant un modèle alternatif aux structures traditionnelles comme la CEDEAO.
Cependant, cette vision panafricaine reste conditionnée par une vigilance accrue face aux risques d’infiltration. Comme l’a rappelé Bakary Yaou Sangaré, « nous devons protéger notre alliance contre toute tentative de déstabilisation externe. Cette position illustre la détermination des membres de l’AES à préserver leur indépendance dans un environnement géopolitique complexe.
En somme, l’AES incarne une nouvelle ère pour le Sahel : celle d’une souveraineté assumée et d’une coopération régionale fondée sur des valeurs communes. Mais son succès dépendra de sa capacité à maintenir son unité face aux pressions extérieures tout en intégrant de nouveaux membres partageant ses principes fondamentaux.
La rédaction
