La messe est dite. Le couperet de la Cour constitutionnelle est tombé, brutal et définitif : le principal parti de l’opposition, Les Démocrates, sera absent du scrutin présidentiel d’avril 2026. À l’origine de ce séisme politique, un homme, une signature. Michel Sodjinou, 28ᵉ député détenteur du précieux parrainage, a suffi pour inverser le destin de tout un camp. D’un geste solitaire, il a privé ses propres camarades, le duo Agbodjo-Lodjou de la compétition, plongeant dans le désarroi des millions de Béninois pour qui l’alternance incarnait encore une lueur d’espoir démocratique. Et voilà le résultat: la réforme du système partisan et du code électoral.
Un homme, une signature, et l’alternance s’écroule
Dans un jeu politique orchestré autour du parrainage, la décision du député Sodjinou a été plus puissante que tous les engagements, plus décisive que les vingt-sept autres réunis. Il n’a pas simplement anéanti les rêves de son parti, il a fermé la porte à toute forme de pluralité et de concurrence. En une saison, le Bénin s’est retrouvé privé non seulement de ses opposants mais aussi, peut-être, de cette promesse républicaine du libre choix.
L’élection présidentielle à venir laisse un goût amer, comme un match amical joué sans adversaire, dont on connaît le score à l’avance. Un référendum à choix unique où le bulletin “Non” n’existe plus, où une batterie ne possède que le pôle positif. Paul Hounkpè, ce colibri politique ne représente qu’une silhouette effacée, l’ombre d’un espoir qui n’existe pas.
Romuald Wadagni, candidat de la continuité, avance déjà en vainqueur pressenti. Depuis la disqualification des Démocrates, la dynamique électorale s’effondre. L’opposition est étranglée, le débat inexistant, le suspense banni de la scène politique. Peut-on sérieusement parler d’élection dans ces conditions ?
Face à cette pièce jouée à huis clos, beaucoup s’interrogent : à quoi sert encore de faire semblant ? Les dés sont jetés, la partition écrite. Organiser une présidentielle au résultat programmé prend désormais les allures d’un rituel vide, d’une formalité coûteuse et inutile. À qui sert un scrutin sans surprise, entre deux candidatures issues d’un même contrat de gouvernance, où le vainqueur partage déjà les clés avec l’autre courant “adversaire” ?
Refuser la comédie, regarder la réalité en face
Certains avancent que, pour une fois, le Bénin gagnerait à refuser cette simulation, à regarder sans détour la vérité de son système. Pourquoi mobiliser l’État, les institutions, les citoyens pour une élection dont on connaît d’avance l’issue ? Les juristes hurleront peut-être à l’anathème constitutionnel, mais une partie de l’opinion pense tout bas qu’il serait plus pragmatique, et même plus honnête, de s’abstenir.
N’est-il pas envisageable, pour une fois, de préparer sereinement la transmission du pouvoir, d’organiser un transfert symbolique sans masquer le vide derrière un simulacre de compétition ? Patrice Talon, dont l’objectif on le sait, est de garantir la continuité de son clan, pourrait passer la main à son successeur désigné, sans ce grand théâtre électoral si vide de substance.
Et si on osait arrêter la mascarade ?
Le Bénin, célèbre pour la vitalité de sa démocratie, pourrait ainsi s’offrir une pause réflexive et salutaire, économiser les milliards, le temps, l’énergie, et sortir du cercle vicieux de la confusion politique. Ce choix, loin d’être une fuite, serait une déclaration de lucidité, un signal de maturité dans un paysage politique verrouillé.
Ce n’est pas un appel à l’anarchie ni à l’illégalité. C’est une interpellation à la responsabilité collective : l’heure n’est plus à la façade, mais au courage de regarder la réalité. Peut-on continuer à faire semblant, à jouer la démocratie si les conditions du choix ne sont plus réunies ? Le Bénin mérite mieux que de perpétuer une formalité vidée de sens. Osons, pour une fois, arrêter la mascarade.
Adjouavi Domingnon
