À l’approche du scrutin présidentiel, la Côte d’Ivoire traverse une crise politique qui fait résonner l’alarme dans les principales capitales occidentales. La tension est telle qu’à Paris, Bruxelles et Washington, l’inquiétude grandit face aux dérives du pouvoir d’Alassane Ouattara, visiblement de plus en plus isolé, y compris parmi ses alliés traditionnels.
Un président fragilisé, même à l’étranger
De passage en France, officiellement pour un séjour privé, Alassane Ouattara a discrètement été reçu à l’Élysée, loin des caméras et de toute mention sur l’agenda officiel du président français. C’est dans une atmosphère lourde, presque embarrassée, que cette rencontre avec Emmanuel Macron a eu lieu, tant la situation ivoirienne irrite ses partenaires occidentaux : plus personne, même parmi ses soutiens historiques, ne semble savoir comment le défendre, ni quoi faire face à ses choix jugés contre-productifs pour la stabilité du pays.
Gaffes et dérives cumulées : le malaise croissant
Le climat politique à Abidjan se détériore à mesure que le président multiplie les décisions contestées : exclusion de figures majeures de l’opposition telles que Tidjane Thiam, Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé ou encore Guillaume Soro, répression des voix dissidentes, et justification peu convaincante de l’exclusion du principal opposant comme une simple « décision de justice ». La comparaison maladroite entre le cas Thiam et celui de Marine Le Pen a achevé d’accentuer le malaise parmi ses interlocuteurs européens, qui voient là un signe inquiétant de fuite en avant personnelle.
Les maladresses et les crispations de Ouattara lui ont aliéné jusque dans son propre camp et embarrassé ses partenaires. Au fil des mois, des tentatives de médiation qu’elles viennent de Paris, de Macky Sall ou de Nicolas Sarkozy ont toutes échoué, confrontées à l’agacement d’un chef d’État jugé sourd à toute remise en question.
L’isolement diplomatique gagne du terrain
- Exclusions et critiques : L’Union européenne, plusieurs États membres, et les États-Unis ont publiquement dénoncé la restriction de l’espace démocratique. Washington est allé jusqu’à exclure Ouattara d’un important mini-sommet Afrique, un geste sans précédent pour signaler son malaise.
- Arrestations politiques : Les arrestations de figures du PDCI accentuent la tension et donnent à la Côte d’Ivoire l’image d’un pays qui tourne le dos à l’esprit de dialogue politique.
Les pays de l’AES l’accusent de déstabilisation
Sur le plan sous-régional, la situation est tout aussi explosive. Les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) Mali, Burkina Faso, Niger accusent ouvertement le régime Ouattara d’héberger des opposants à leurs gouvernements, voire des groupes hostiles, présentés comme des « terroristes » ayant pour mission de semer l’instabilité dans la région. Ce climat d’accusation et de défiance contribue à isoler encore davantage la Côte d’Ivoire de son environnement immédiat, alors qu’elle était autrefois moteur du consensus régional.
Vers une annonce de candidature controversée ?
À l’heure où plane le doute sur sa candidature à un quatrième mandat, la perspective d’une nouvelle reconduction d’Alassane Ouattara scandalise ses détracteurs et désespère ses soutiens à l’étranger. Avec un climat politique plombé par la défiance, la répression et l’exclusion, la Côte d’Ivoire s’avance vers le scrutin dans l’incertitude, tandis que plus personne, y compris dans les chancelleries occidentales, ne semble vraiment croire à la capacité du président ivoirien d’apaiser la situation, ni de redorer son image auprès des partenaires internationaux.
Cet enchaînement d’erreurs et de crispations éclaire le profond malaise qui entoure le régime Ouattara à l’aube d’un scrutin décisif, dans un pays où les fractures politiques et régionales n’ont jamais semblé aussi béantes.
La rédaction
