L’AES claque la porte de la CPI : justice sans tutelle

par Africadev
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Niamey, 17 septembre 2025, L’annonce sans surprise a pourtant fait l’effet d’un coup de tonnerre dans certains milieux en Afrique et dans le monde : le Mali, le Burkina Faso et le Niger, unis sous la bannière de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont officiellement entamé, mardi 16 septembre 2025 à Niamey, les démarches pour quitter la Cour pénale internationale (CPI). Une décision mûrement pesée, qui sonne comme une nouvelle étape décisive dans l’émancipation progressive de ces trois pays du carcan de l’ancien ordre international.

La CPI, une machine à juger l’Afrique

« Instrument de pression, arme politique, justice à deux vitesses » … Les critiques du chef de file nigérien ne sont pas faites dans la demi-mesure. Lors d’un sommet extraordinaire rassemblant les ministres de la Justice des trois pays, la CPI a été décrite comme une juridiction « exclusivement orientée contre les États africains » et « sous l’emprise d’intérêts extérieurs ». Un constat sourd d’un malaise croissant sur le continent : alors que les États-Unis, la Chine, l’Inde, la Russie, Israël et bien d’autres puissances refusent obstinément de reconnaître la compétence de la CPI, ce sont surtout les dirigeants africains qui se retrouvent sous le coup de mandats d’arrêt ou d’enquêtes. L’AES dénonce une justice internationale devenue, selon ses hauts responsables, un dispositif de coercition pour « étouffer toute velléité d’émancipation véritable ».

Un retrait concerté, symbolique d’une nouvelle ère

Dans la capitale nigérienne, les ministres de la Justice du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont préparé une sortie collective et solennelle du Statut de Rome, traité fondateur de la CPI. Les textes sont bouclés, le communiqué est prêt à être publié, et chaque État engagera bientôt la procédure officielle de retrait individuelle, un processus qui prendra un an avant d’être effectif. Mais déjà, le geste est lourd de sens : c’est la première fois qu’une alliance régionale met autant de coordination et de volontarisme dans une sortie de la CPI, signe d’une union forgée dans l’adversité occidentale et dans la recherche d’une nouvelle boussole stratégique.

La marche vers le multipolarisme, modèle BRICS

Ce retrait n’est pas une simple réaction d’humeur, mais une pièce maîtresse d’un agenda géopolitique en mouvement. Après leur sortie fracassante de la CEDEAO en janvier 2025 et de la Francophonie quelques mois plus tôt, les États de l’AES affirment leur désir d’appartenir à une autre Histoire, celle d’un monde multipolaire où l’Afrique sécrit elle-même ses règles. Loin de la posture d’allégeance, ces nations misent sur la coopération sud-sud, la création monétaire commune, le renforcement militaire intégré, et désormais, une justice pénale régionale maîtrisée par eux seuls. La Cour pénale sahélienne des droits de l’homme (CPS-DH), qui doit juger crimes internationaux, terrorisme et criminalité organisée, est lancée. Les textes sont bouclés, la prison de haute sécurité est en chantier. Niamey, Bamako et Ouagadougou affichent une ambition : devenir les architectes d’une nouvelle gouvernance régionale, au diapason des ambitions des BRICS et des nouveaux pays émergents.

Pourquoi le Sahel peut-il dire NON à la CPI ?

Les défenseurs du modèle « justice internationalisée » sont sur la défensive. L’histoire récente du continent oblige à l’humilité : la CPI, souvent saluée comme un régulateur du droit international, a-t-elle jamais véritablement jugé les leaders israéliens, américains ou chinois ? Aucune puissance de premier plan ne s’est soumise à la juridiction de La Haye, préférant jouer leur propre partition jurisprudentielle. Or, chaque fois qu’un procès historique se profile en Afrique, c’est pour sanctionner un « homme fort » régional, souvent sous la pression diplomatique croisée. Il est donc logique, pour l’AES, de refuser un tribunal qui n’est universel que dans les grandes déclarations, et d’en faire un laboratoire de souveraineté retrouvée.

Le retrait du Sahel de la CPI n’est pas uniquement un fait divers judiciaire, mais un éclaircissement brutal du paysage géopolitique africain. En choisissant la voie de la rupture, le Mali, le Burkina Faso et le Niger édifient un modèle alternatif, dans l’esprit du BRICS, du G20 du Sud, et des organisations décomplexées. On assiste en direct à la mutation d’un ordre mondial, à la naissance d’une nouvelle diplomatie, et à l’affirmation d’une parole stratégique africaine qui fait de la défense de la souveraineté la base de son réformisme radical.

La rédaction

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