Le gouvernement nigérian a exprimé son opposition claire et catégorique à une proposition émanant des États-Unis, visant à faire accepter par des pays africains, dont le Nigéria, des migrants originaires du Venezuela expulsés du territoire américain. Cette proposition aurait notamment concerné des individus ayant un passé judiciaire, y compris des anciens détenus, selon plusieurs sources diplomatiques.
Le ministre nigérian des Affaires étrangères, Yusuf Maitama Tuggar, a déclaré que le Nigéria « ne saurait être transformé en décharge pour des personnes rejetées par d’autres pays », soulignant que le pays est déjà confronté à des défis socio-économiques et sécuritaires considérables. Il a ajouté que le gouvernement est prioritairement concentré sur l’amélioration des conditions de vie de ses propres citoyens, et ne saurait accepter une charge supplémentaire imposée par des considérations extérieures.
« Le Nigéria est un pays souverain qui détermine de manière indépendante sa politique migratoire. Nous ne saurions accepter que d’autres nations, aussi puissantes soient-elles, dictent qui nous devons accueillir sur notre sol », a déclaré M. Tuggar lors d’une conférence de presse tenue à Abuja.
Cette initiative américaine s’inscrit dans une tendance amorcée sous l’administration Trump, visant à externaliser le traitement de certains migrants en les transférant vers des pays tiers, souvent dans le cadre d’accords bilatéraux discrets ou sous la promesse d’aides financières et économiques. Plusieurs rapports indiquent que cinq chefs d’État africains auraient récemment été reçus à Washington, où la question aurait été discrètement abordée. Le but, selon ces sources, serait de convaincre certains pays africains d’accueillir des migrants sud-américains, notamment vénézuéliens, n’ayant pas obtenu l’asile ou le droit de séjour aux États-Unis.
Cette politique est perçue par de nombreux analystes comme une tentative de l’administration américaine de contourner ses obligations internationales en matière de droits des réfugiés. Des organisations de défense des droits humains ont également exprimé leur inquiétude quant à la sécurité des personnes transférées vers des pays tiers sans garanties adéquates de protection.
En Afrique, la réaction nigériane semble refléter un sentiment partagé par plusieurs gouvernements, qui voient dans cette politique une forme de néo-colonialisme masqué sous des considérations migratoires. L’idée que des pays africains, eux-mêmes confrontés à des flux migratoires internes et régionaux complexes, puissent absorber des populations venues d’Amérique latine soulève de nombreuses objections, tant sur le plan logistique qu’éthique.
Le Nigéria, qui abrite plus de 200 millions d’habitants, est déjà confronté à des défis majeurs, notamment la lutte contre le terrorisme dans le nord-est, les tensions communautaires, le chômage des jeunes, et une pression constante sur les infrastructures de base. Dans ce contexte, l’accueil de migrants expulsés d’un autre continent apparaît, selon les autorités, comme une proposition inacceptable et déconnectée des réalités locales.
Le refus du Nigéria pourrait avoir des répercussions diplomatiques, mais il marque aussi une affirmation croissante de la souveraineté africaine dans les relations internationales, et un refus de se soumettre à des politiques imposées par des puissances extérieures.
La rédaction
