Le Niger et l’Iran viennent de franchir un cap décisif dans leur rapprochement diplomatique et stratégique. Jeudi 8 mai 2025, une délégation iranienne de haut niveau, conduite par le général Ahmad Reza Radan, commandant général des forces de sécurité iraniennes, a été accueillie à Niamey pour une visite officielle marquée par la signature de plusieurs accords majeurs. Cette visite s’inscrit dans une dynamique de diversification des partenariats du Niger, dans un contexte de sanctions imposées par la CEDEAO à la suite des évènements de juillet 2023.
Une coopération sécuritaire inédite
Au cœur de cette visite, la sécurité régionale occupe une place centrale. Les deux pays ont signé un protocole d’accord pour renforcer leur coopération dans la lutte contre le terrorisme, la criminalité transnationale, les trafics illicites, le contrôle des frontières et la gestion de la migration illégale. Un comité bilatéral d’experts, réunissant chaque année les parties à Niamey ou à Téhéran, sera chargé de suivre l’exécution de ces engagements et de coordonner les échanges dans le cadre d’Interpol et des accords internationaux. Ce partenariat sécuritaire s’accompagne de programmes de formation, d’échanges d’informations opérationnelles et de stages pour les forces nigériennes à l’Université de la Police iranienne.
Des accords économiques et sociaux pour un nouveau souffle
Au-delà de la sécurité, la délégation iranienne a rencontré le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, pour discuter de la relance des échanges économiques et techniques. Plusieurs accords ont été signés dans des secteurs stratégiques : énergie, santé, agriculture, transports et finances. L’Iran s’est engagé à soutenir le Niger dans la formation du personnel médical et à partager son expérience en matière de résilience face aux sanctions internationales, un savoir-faire précieux pour Niamey dans le contexte actuel.
« Nous condamnons les cruelles sanctions qui sont imposées par le système de domination (…) et nous allons partager l’expérience que nous avons dans ce domaine avec nos frères du Niger », avait déclaré le vice-président iranien, Mohammad Mokhber, en recevant le Premier ministre nigérien à Téhéran.
Un virage géopolitique assumé
Cette alliance s’inscrit dans une stratégie plus large de l’Iran, qui multiplie les initiatives diplomatiques sur le continent africain, notamment au Sahel, pour renforcer son influence face au recul des partenaires occidentaux. Après avoir soutenu les régimes militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, Téhéran s’impose comme un nouvel acteur incontournable, prêt à offrir des alternatives en matière de sécurité, d’économie et de développement social.
Le Niger, de son côté, affirme sa volonté de diversifier ses alliances et de s’émanciper de la tutelle de ses partenaires traditionnels. Cette coopération Sud-Sud pragmatique répond à des besoins pressants de souveraineté, de sécurité et de développement, tout en ouvrant la porte à de nouveaux investissements et à une coopération technique renforcée.
Perspectives et enjeux
La visite iranienne à Niamey marque le début d’une ère nouvelle pour les relations bilatérales. Les accords signés témoignent d’une volonté partagée de bâtir un partenariat durable, fondé sur la complémentarité des expertises et la solidarité face aux défis communs. Pour le Niger, il s’agit d’un levier pour surmonter les difficultés économiques et sécuritaires, tandis que l’Iran consolide sa présence en Afrique de l’Ouest, dans un contexte de recomposition géopolitique régionale.
La coopération irano-nigérienne, désormais scellée par des engagements concrets, s’annonce comme un laboratoire de nouvelles alliances stratégiques au Sahel, avec des répercussions qui pourraient redessiner les équilibres de la région dans les années à venir.
La rédaction
