Alors que la capitale ivoirienne accueille du 26 au 30 mai 2025 l’Assemblée annuelle du Conseil des gouverneurs de la Banque africaine de développement (BAD), l’attention se porte sur la présence remarquée du Premier ministre du Niger, Ali Mahamane Lamine Zeine. Contrairement aux rumeurs persistantes et articles circulant sur les réseaux sociaux, ce déplacement n’a rien d’une opération de charme ni d’une tentative de normalisation des relations entre Niamey et Abidjan.
Un séjour strictement institutionnel
La raison de la venue de Lamine Zeine à Abidjan est claire : il s’agit exclusivement de participer à l’élection du nouveau président de la BAD, prévue le 29 mai 2025. Aucune rencontre formelle n’est inscrite à son agenda avec les autorités ivoiriennes, encore moins avec le président Alassane Ouattara. Le Premier ministre nigérien n’est d’ailleurs pas accompagné de son ministre des Affaires étrangères, un détail qui en dit long sur la nature strictement institutionnelle de ce déplacement.
Des relations toujours tendues entre Niamey et Abidjan
Depuis le renversement de Mohamed Bazoum, les relations entre le Niger et la Côte d’Ivoire n’ont connu aucune avancée significative. Abidjan reste perçue par les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) comme un relais de la France dans la région, accusée d’avoir activement œuvré à faire échouer la lutte souverainiste menée par le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Le président ivoirien Alassane Ouattara fut le premier à soutenir l’envoi de troupes par la CEDEAO, fournissant hommes et armes pour une intervention militaire au lendemain du coup d’État à Niamey. Il avait également ouvertement soutenu l’ambassadeur du Niger en Côte d’Ivoire qui avait refusé de rejoindre Niamey suite à son rappel par le CNSP.
Abidjan, épicentre des tensions régionales
La capitale ivoirienne est régulièrement pointée du doigt par les dirigeants de l’AES pour son rôle jugé perturbateur dans la stabilité régionale. Accusée d’héberger des figures et activités subversives visant à déstabiliser les régimes de l’AES, Abidjan cristallise les méfiances. Récemment encore, des voix se sont élevées pour dénoncer l’implication présumée du président Ouattara dans les tentatives de renversement des autorités sahéliennes.
Aucun rapprochement en vue
La présence de Lamine Zeine à Abidjan ne doit prêter à aucune interprétation diplomatique hasardeuse. Son séjour se limite strictement aux enjeux de gouvernance de la BAD. Les relations entre la Côte d’Ivoire et le Niger, comme avec l’ensemble des pays de l’AES, restent figées, marquées par une profonde défiance et l’absence totale de dialogue politique à ce stade.
Nourdeen Didier ALOHOU
Expert en Communication pour un Changement de Comportement Social et d’Impact, Dg Africadev, Lomé
