Niamey a été, ce 8 juillet 2026, le théâtre d’une nouvelle séquence diplomatique majeure entre la Confédération des États du Sahel (AES) et la Fédération de Russie. Réunis à l’occasion de la deuxième session de consultations entre leurs ministres des Affaires étrangères, les deux partenaires ont franchi un nouveau cap dans une relation désormais fondée sur le respect mutuel, la coopération souveraine et une vision commune des équilibres internationaux.
Au-delà du protocole, la rencontre a confirmé l’installation d’un dialogue politique structuré entre l’AES et Moscou. La signature d’un mémorandum de consultations entre les ministères des Affaires étrangères des deux parties consacre un cadre durable de coordination diplomatique, appelé à encadrer les échanges réguliers sur les questions d’intérêt commun. Le communiqué final insiste sur la volonté partagée de renforcer la coopération dans les domaines politique, diplomatique, sécuritaire, économique et social.
Pour l’AES, la Russie est un partenaire qui adopte une approche différente des pays occidentaux. Moscou est un acteur qui n’impose pas de condition politique, ne se place pas dans une posture de leçon, et est disposée à une relation d’égal à égal. Cette posture facilite dans la sous-région, un partenariat débarrassé des réflexes de tutelle, dans un contexte où la question de la souveraineté est devenue centrale.
La rencontre de Niamey s’inscrit ainsi dans une dynamique plus large : celle d’une affirmation politique du Sahel, décidé à reprendre la main sur ses choix stratégiques. L’AES y voit la matérialisation d’un nouvel axe diplomatique qui redessine les lignes d’influence dans la zone. Ce repositionnement régional, porté par une rhétorique de rupture, traduit la volonté des États sahéliens de diversifier leurs alliances et de construire des partenariats plus compatibles avec leurs priorités nationales.
Le volet sécuritaire, a largement pesé dans les échanges. Dans un Sahel toujours confronté aux menaces terroristes, aux circulations d’armes qui viennent de plus en plus d’Ukraine et ou on remarque des moniteurs ukrainiens aux cotés des groupes terroristes. A cela s’ajoutent les effets de déstabilisation régionale avec la situation politico sécuritaire au Soudan, l’installation d’une nouvelle base militaire occidentale au Tchad à wour non loin du Niger. Les discussions ont porté sur le besoin d’ajuster les stratégies de défense, de renforcer les capacités opérationnelles et d’élever le niveau de vigilance. La Russie a réaffirmé son soutien au renforcement des forces armées de l’AES, un point essentiel dans l’architecture du partenariat.
Les enjeux ne sont pas seulement militaires. Ils sont aussi économiques et stratégiques. Les discussions ont également mis l’accent sur le financement des grands projets, la consolidation de la souveraineté économique et la valorisation des ressources minières. L’AES mise en particulier sur ses instruments propres, notamment la Banque confédérale pour l’Investissement et le Développement (BCID-AES), appelée à soutenir les projets structurants dans les domaines du développement, des infrastructures et, plus largement, de la résilience régionale.
L’AES travaille activement aussi sur sa propre monnaie souvent évoquée comme devant être adossée à l’or. Tandis que les trois pays membres sont producteurs, ils entendent davantage contrôler la chaîne de valeur de leurs ressources stratégiques. La prochaine session est prévue en 2027 en Russie selon le principe d’alternance.
Adjouavi Domingnon
