Le nord du Bénin a de nouveau été frappé par la violence djihadiste. Le 17 avril 2025, une attaque d’ampleur contre deux positions de l’opération « Mirador » dans le parc national du W, près de Kandi, a coûté la vie à huit soldats béninois et blessé treize autres. L’assaut, revendiqué par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, affilié à Al-Qaïda), a été repoussé au prix d’une riposte musclée ayant neutralisé onze terroristes. Mais derrière ce bilan tragique, c’est une tendance inquiétante qui se confirme : il s’agit de la troisième attaque majeure contre des installations militaires béninoises dans la région depuis le début de l’année.
Un engrenage d’attaques
Depuis janvier, les assauts meurtriers se multiplient : la première, d’une violence inédite, avait déjà coûté la vie à 36 soldats au « point triple », la zone frontalière avec le Niger et le Burkina Faso. Ces attaques répétées révèlent plusieurs faiblesses structurelles dans la riposte sécuritaire du Bénin :
- Manque de coopération régionale : L’absence de synergie militaire entre le Bénin et ses voisins du nord, le Niger et le Burkina Faso, favorise l’infiltration et la mobilité des groupes armés dans cette zone frontalière poreuse. Cette situation handicape non seulement le Bénin, mais aussi ses voisins, incapables d’endiguer seuls la menace djihadiste.
- Armes et matériel capturés : Lors de la première attaque de janvier, les djihadistes ont emporté un important lot d’armes et d’équipements, renforçant leur capacité de nuisance pour les offensives suivantes.
- Efficacité des fortifications ? : Malgré la construction de camps fortifiés modernes et le renforcement des effectifs dans le nord, les forces béninoises subissent des pressions énormes de menaces djihadistes. Les partenariats stratégiques, notamment avec la France et les États-Unis, n’ont pas encore permis d’inverser la tendance sur le terrain.
Un contraste saisissant avec les voisins sahéliens
Alors que dans l’AES (Alliance des États du Sahel), notamment au Niger, les attaques visent de plus en plus les civils et se font plus rares contre les infrastructures militaires, le nord du Bénin subit une pression croissante directement sur ses positions armées. Ce choix tactique des groupes terroristes souligne la nécessité de l’amélioration des dispositifs de défense béninois et la nécessité d’une adaptation stratégique.
L’urgence d’une réponse concertée
Face à cette escalade, la solution ne peut être que collective. L’appel à une meilleure harmonisation des actions militaires entre le Niger, le Bénin et le Burkina Faso devient impératif. Sans intelligence partagée, opérations conjointes et coordination régionale, la lutte contre le terrorisme restera incomplète et inefficace dans la zone.
Nourdeen Didier Alohou Expert en Communication pour un Changement de Comportement Social et d’Impact, Dg Africadev, Lomé
