Au Sénégal, des militants panafricains, des experts environnementaux et des représentants de la société civile sont vent debout contre l’exploitation du zircon par le groupe français Eramet. Dans une démarche unanime et souveraine, ils viennent d’exposer les graves conséquences environnementales qu’engendre cette activité minière.
Une activité vieille d’une décennie
Au nord-ouest du Sénégal, la filiale du groupe minier français Eramet, Grande Côte Opérations (GCO), grande de 445 000 hectares et longue de 100 kilomètres sur le littoral, extrait du zircon et d’autres minerais depuis une décennie.
Le zirconium est principalement extrait à partir du zircon, minerai souvent présent dans les sables littoraux. Il n’existe pas de gisements à forte concentration de zircon, il est le plus souvent disséminé dans les dépôts de sédiments. Pour le prélever, il faut amasser des tas de sable et avoir un système de drague qui aspire, trie et repère ces grains.
Cette activité a transformé la zone agricole dynamique en un paysage sinistré. Les témoignages convergent : sols infertiles, pénurie d’eau, villages déplacés, écosystèmes en péril. « Toute cette région a été impactée négativement du point de vue agricole, sanitaire et sociétal », a rappelé un activiste devant la presse.
Impact des activités d’Eramet
La conférence de presse s’est tenue le 16 avril à Dakar. Elle a été l’occasion pour les organisateurs de rendre public un document de recommandations intitulé ‘’le Communiqué sur l’impact des activités d’Eramet au Sénégal’’.
Ce texte appelle à une refonte du modèle de gestion des ressources naturelles, dénonçant un système qui profite aux intérêts étrangers au détriment des communautés locales.
Le communiqué exige un moratoire immédiat sur les activités minières de GCO. Il demande une évaluation indépendante des impacts environnementaux, conduite par des experts locaux et internationaux, ainsi qu’une réparation des dommages causés. Cette réparation passerait notamment par la restauration des terres agricoles, la réhabilitation des écosystèmes et la gestion durable de l’eau — ressources devenues rares dans cette région autrefois fertile.
Mais au-delà des questions écologiques, les intervenants pointent des enjeux de justice sociale et de souveraineté. Nombre d’habitants ont été expropriés sans compensation équitable.
« Nous interpellons les autorités sénégalaises qui se présentent comme panafricanistes, à prendre leurs responsabilités. Il s’agit d’un combat pour la dignité des populations », a martelé une militante du collectif de défense de Lompoul.
Procéder autrement
Tout comme la plupart des minerais dits stratégiques, le zircon est présent en Afrique et, a fortiori, sous-exploité. Or la plupart du temps, les rapports de forces sont tels que le partage de leurs retombées est très souvent inégal et sans transparence, ce qui engendre des conflits.
La question de la gouvernance minière en Afrique, autrement dit la diplomatie des ressources naturelles et des minerais stratégiques en particulier, se pose avec acuité. Cet enjeu est fondamental avec le zircon au nord du Sénégal,
« Il est temps d’écouter les populations, de leur redonner la parole dans les décisions qui les concernent directement », a insisté l’environnementaliste Ikir Manal.
La question des minerais est fondamentale parce que contrairement aux matières agricoles, elles ne sont pas renouvelables. Cette mobilisation montre que la société sénégalaise ne veut plus subir, mais agir. L’exploitation du sous-sol africain, dénoncée ici comme une nouvelle forme de néocolonialisme économique, est désormais au cœur d’un débat politique sur la justice écologique et la souveraineté nationale. Vivement que les autorités sénégalaises répondent à cet appel lancé depuis Dakar.
La rédaction
