Depuis début avril 2025, près de 5 000 migrants africains, dont une majorité de Nigériens, ont été refoulés par l’Algérie vers la frontière nigérienne, dans des conditions qui font craindre une catastrophe humanitaire imminente et un risque accru d’infiltration terroriste.
Un exode forcé dans l’enfer du désert
Chaque semaine, des centaines de silhouettes épuisées émergent à l’horizon d’Assamaka, première localité nigérienne après la frontière algérienne. Parmi elles, des femmes, des enfants, des personnes âgées, mais aussi des migrants originaires de 17 pays différents, abandonnés à leur sort dans la zone inhospitalière du « Point Zéro ». Là, sans eau ni nourriture, ils doivent parcourir à pied 15 kilomètres sous un soleil de plomb ou dans le froid mordant du désert pour espérer atteindre le centre de transit, déjà débordé et incapable d’accueillir tous les refoulés.
Les témoignages recueillis par les ONG sont accablants : dépouillés de leurs biens, privés de moyens de communication, ces migrants sont livrés à eux-mêmes, vulnérables à la faim, à la soif, à la maladie et à la violence. Beaucoup n’ont d’autre choix que d’errer dans le désert, certains y laissant la vie.
Une crise humanitaire
Les autorités nigériennes et les organisations humanitaires tirent la sonnette d’alarme. Le centre de transit d’Assamaka, géré par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), ne peut prendre en charge qu’un tiers des arrivants. Les autres s’entassent dans des abris de fortune, exposés à tous les dangers. La télévision d’État nigérienne parle d’un risque de « catastrophe humanitaire » si rien n’est fait pour stopper ce flot de détresse.
« L’Algérie, comme à ses habitudes, c’est-à-dire au mépris des lois et conventions africaines et internationales, a entrepris de refouler de son territoire, des milliers de ressortissants africains dont des Nigériens », dénonce Télé Sahel, la télévision d’État du Niger.
Le risque d’infiltration terroriste plane
Au-delà de la tragédie humaine, la situation fait peser une menace sécuritaire majeure sur toute la région sahélienne. Les frontières du Niger, du Mali, de la Libye et de l’Algérie sont déjà le théâtre d’une intense activité criminelle et terroristes. Les mouvements massifs et non contrôlés de populations, abandonnées sans suivi ni contrôle, constituent un terrain fertile pour l’infiltration de groupes extrémistes et de réseaux criminels transfrontaliers.
Le Conseil de sécurité de l’ONU, les autorités nigériennes et les experts en sécurité s’inquiètent de la possibilité que des éléments terroristes profitent de ces flux pour se mêler aux migrants, déstabilisant davantage une zone déjà en proie à la violence et à l’insécurité. Les groupes affiliés à Al-Qaida et à l’État islamique ont déjà étendu leurs activités meurtrières dans la région, exploitant la misère, le désespoir et l’absence d’État pour recruter et frapper.
Quand la politique migratoire devient un risque global
Ce drame, qui se joue dans l’indifférence générale, révèle l’échec des politiques migratoires sécuritaires et la nécessité d’une réponse humanitaire et sécuritaire coordonnée. Sans une mobilisation internationale, la région court à la fois à une catastrophe humanitaire et à une aggravation de la menace terroriste, avec des conséquences qui pourraient déborder largement le cadre du Niger et de l’Algérie.
La Rédaction
