Face à la tragédie au Bénin, la CEDEAO veut agir, mais la fracture régionale persiste

par Africadev
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L’attaque terroriste du 17 avril 2025 contre deux positions de l’opération « Mirador » dans le parc national du W, près de Kandi, a marqué un tournant sanglant pour le Bénin, coûtant la vie à 54 soldats et faisant de nombreux blessés. C’est la troisième attaque majeure contre l’armée béninoise depuis le début de l’année, illustrant la montée en puissance des groupes djihadistes dans le nord du pays, à la frontière du Burkina Faso et du Niger.

Une CEDEAO sous pression, contrainte de réagir

Longtemps accusée de passivité face à la multiplication des attaques contre ses membres, la CEDEAO a cette fois condamné « avec la plus grande fermeté » cet acte qualifié de barbare et lâche, réaffirmant sa solidarité avec le Bénin et appelant à une riposte régionale coordonnée. Le président de la Commission, Omar Alieu Touray, a exprimé ses condoléances et assuré le gouvernement béninois du soutien indéfectible de l’organisation.

Ce sursaut de la CEDEAO intervient alors que l’organisation était régulièrement critiquée pour son manque d’assistance concrète à ses États membres victimes du terrorisme, notamment par les pays du Sahel qui ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES). Pour la première fois, la CEDEAO affiche sa volonté de sortir de son rôle traditionnel d’observateur et d’activer sa Force en attente, une brigade régionale de 5 000 hommes, pour garantir la stabilité et la sécurité collective.

Un appel à la solidarité… et aux partenaires internationaux

Dans son communiqué, la CEDEAO insiste sur la nécessité de mutualiser les efforts sécuritaires et lance un appel pressant à la solidarité régionale, mais aussi à l’implication des partenaires internationaux pour soutenir les initiatives africaines contre le terrorisme. Cette ouverture à l’aide extérieure, si elle se concrétise par l’appui de la France ou de l’OTAN, risque cependant de raviver les tensions avec les pays de l’AES (Burkina Faso, Mali, Niger), qui ont rompu avec la CEDEAO et chassé les forces occidentales de leur territoire.

Le risque d’une nouvelle fracture régionale

La situation actuelle révèle une Afrique de l’Ouest  fracturée. Les pays de l’AES, qui n’ont pas encore officiellement réagi à la décision de la CEDEAO, dénoncent régulièrement toute ingérence de la France ou de l’OTAN et accusent les voisins du golfe de Guinée, comme le Bénin, d’abriter des bases étrangères. Cette méfiance complique toute coopération sécuritaire régionale, alors même que les groupes terroristes profitent de la porosité des frontières et de l’absence de coordination pour étendre leur emprise.

Un tournant pour la CEDEAO, mais des défis immenses

En sortant enfin de son silence, la CEDEAO veut montrer qu’elle prend la mesure de la menace et qu’elle est prête à agir. Mais son appel à la solidarité internationale et sa dépendance potentielle à l’égard de partenaires occidentaux risquent de creuser davantage le fossé avec l’AES, qui pourrait voir dans cette démarche un retour à des schémas d’ingérence. L’avenir de la lutte antiterroriste en Afrique de l’Ouest dépendra donc autant de la capacité de la CEDEAO à renforcer son autonomie et sa cohésion que de la possibilité de rétablir un minimum de confiance et de coopération entre tous les États de la région.

Nourdeen Didier Alohou

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